Festival permanent des mots 8 est sorti ce mois-ci, avec une belle couverture où deux immeubles se font la cour sous la lune qui veille...
Après un "Territoire: aqui-zone E 134", un collage de Joë Fernandez
Qui a créé la photo de couverture également
Après une ouverture de Philippe Beck
Après la permanence de Jean-Claude Goiri, chef d'orchestre de cette revue,
Quelques extraits:
Libertés sur contrainte
Textes ne comportant que des mots sans accent
Patrick le Divenah
il faut aller plus loin
parler de la criture, de la saison chaude au milieu de l'an,
du pervier qui plane dans les nues
il faut tranquillement refaire la langue pour mieux soudain l'ac-
coucher de milliers de formes nouvelles et découvrir l'emprise
de nos automatismes appauvrissants
et puis aussi
refaire les sons
l'accent est partout
Libres courts
Antoine Maine
D'elle ou de lui
Il y avait un jardin comme un monde
En plus petit peuplé d'arbres à l'écorce
De velours et dans la brassée des feuilles
S'élevaient tant de musiques anciennes
Aériennes mélodies des linottes
Lignes et volutes en livrées colorées
Campanules dans la chevelure du ciel
Et maintenant dans l'au-delà du jour
Sur le bord d'un fleuve à dos argenté
Dresse la tête comme un mendiant aveugle
Main tendue pour trouver l'épaule amie
Main refermée sur une poignée d'atomes
Et c'est bien là ce que chacun connaît
Longtemps devant sera la solitude
Zakane
Nous n'écrivons qu'avec les autres. Nos mots sont pour leurs corps. C'est sur la peau des autres et dans les veines, dans le sang, filtrés et navigants, c'est dans le chaos de leurs sens que les mots se libèrent enfin.
Braquages
Second souffle
par Georges Thiéry
sérénité du temps qui parachève sa chute dans la vigilance au geste et l'unité retrouvée avec la source dont jaillit toujours plus la miséricorde infaillible, plus de trop trop peu juste un mouvement empli de grâce une gloire à l'éternel sur lequel je laisse une trace infime, subtile, si fine presque rien aux yeux de tous presque rien à tes yeux où coule l'âme fine et ciselée de l'absence.
Ma vie au village
par Serge Marcel Roche
Être là, bras croisés, ou assis devant, à se glisser intérieurement entre les couches de chaleur et profiter d'un peu de vent, sans penser, voir déjà les feuilles qui tombent, celles du manguier dans la cour faire leur petit bruit sec, un nid déserté de gendarme roulant au milieu d'elles, écouter le pilon d'appel et le ciel prendre teinte d'acier, on l'aura bientôt sur le front l'éclat de verre, la saison de détresse et d'ennui, la fin des alizés, ça sent les dernières pluies, les plus cruelles à fondre la terre des maisons.
***
Et j'aime "L'avis aux auteurs" qui ouvre l'opus, avec, notamment, ce
"Attention", si vous n'avez jamais été publié : tant mieux.
Festival Permanent des Mots | Revue_Papier
Nous écrivons pour topographier nos territoires afin d'en abolir les frontières. Parce que rencontrer l'autre, c'est se soulever tout à fait.
Jean-Claude Goiri
Ce qui berce ce qui bruisse
Éditions QazaQ 2015
Ce qui berce
Page 14
Quand j'étais grand comme l'enfance, je voulais être bandit afin de trafiquer des stratégies pour découvrir les trésors de chacun et les offrir à tout le monde, être bandit qui contourne les frontières à cheval par fleuves et montagnes, bandit pour savoir bien m'échapper de prison, pour apprendre à scier moi-même ces barreaux qu'on mettait à mes fenêtres, fenêtres par lesquelles j'ai vu un jour plein de mots libres comme des petits bandits. Quand je suis grand comme la nuit, j'en rêve encore, et le jour je scelle mon cheval nommé Poésie.
Page 24
Vers le mouvement, tu perdras l’inconscience de devenir quelqu’un, tu n’auras que mille chemins pour disperser tes êtres dans tous les sens du vent, tu sèmeras la discorde parmi tes peuples endormis, ils soulèveront leur masse pour te dicter la révolte, vers le mouvement vous prendrez racines, vos ressentis à la gorge vous tracerez votre géographie, et vous reviendrez ensemble vers ce point ductile, le déhiscent délicieux d’où coule toute vie, le centre d’émergence vers le mouvement, vers le mouvement le monde entier arrive dans ce lieu sans géographie où tu couleras la conscience de devenir tout le monde, cet endroit singulier où se forment tes sens, là, juste entre le ciel et la terre et tout ça, exactement dans ce pays que l’on appelle « ressenti ».
Ce qui bruisse
Page 38
verbe-lierre agrippé aux choses
tant d’essences cachées par tes feuille-langues
pourtant les murs
se sentent bien seuls en automne.
Page 40
les nues laineuses me tricotent un abri
tenant ferme les aiguilles du vent
à ciel obscurci lumière interne prend
ce qu’on ne verra jamais dans le moindre habit.
Peinture de couverture : Nathalie Oso
Mise en page couverture et texte : jan doets
Dans ce livre de Jean-Claude Goiri, une écriture se déroule et sonde le moindre bruissement d'amour qui se niche dans les plis du jour et du monde, de la nuit et de sa sensualité. Les élans, les révoltes comme les infimes instants du quotidien insufflent leur part de poésie à celui qui veille. Celui-ci transcrit le moindre chuintement du langage et nous susurre la nécessité d'empathie et d'altruisme, traits d'union vers un avenir plus prometteur. Les pensées cherchent d'où elles peuvent naître, cherchent leur terre promise, traversent l'âpreté de vivre et l'équilibre fragile des corps, cueillent les fruits du verger amoureux. La délicatesse des mots tente d'approcher les vies intérieures, les rives du partage – « ...et d'un revers de plume je te souffle un mot quand sur le bout de ta langue il est déjà multiple » –
« C'est intérieurement que va le chemin mystérieux », écrit Novalis, ce qui trame sans bruit mais avec ferveur dans ce recueil.
M. C.
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Jean-Claude Goiri est investi dans l'écriture depuis 2002. Après avoir créé la revue Matulu, il a animé des ateliers d'écriture, a participé et participe toujours à plusieurs revues* et, à...
Le recueil, aux éditions QazaQ
Ce qui berce ce qui bruisse, Editions QazaQ | Le Club de Mediapart
Ce que Anna Jouy en dit... " Ce qui berce, ce qui bruisse Bercements, caresses. Les mains partout travaillent, à rendre le monde Nous. L'excès des mains, l'urgence de se coudre un vêtement aiman...
https://blogs.mediapart.fr/jean-claude-goiri/blog/220915/ce-qui-berce-ce-qui-bruisse-editions-qazaq
Un autre extrait ici


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