"Vert et je te veux vert.

Vent vert. Vertes branches.

Le bateau sur la mer,

le cheval dans la montagne.

L'ombre autour de la ceinture,

elle rêve à son balcon,

chair verte, verts cheveux

avec des yeux d'argent froid.

Vert et je te veux vert.

Dessous la lune gitane,

toutes les choses la regardent

mais elle ne peut pas les voir.

 

Vert et je te veux vert.

De grandes étoiles de givre

suivent le poisson de l'ombre

qui trace à l'aube son chemin.

Le figuier frotte le vent

à la grille de ses branches

et la montagne, chat rôdeur,

hérisse ses durs agaves.

Mais qui peut venir? Et par où?

Elle est là sur son balcon,

chair verte, cheveux verts,

rêvant à la mer amère."

 

 

 

Federico García Lorca, extrait de Romance somnambule,

Romancero gitan, Poème du chant profond

Traduction de Claude Esteban

 

 

 

 

 

 

 

 

odilon-redon-1900.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Poème pour Cristina Castello

hivers 2014

 

 

 

 

 

 

 

Pour que cet hivers 

te renaisse rose

Ô visage esquissé des gelées

t'ai-je perdu

non jamais

toi le feu  

souffrant 

des tisons sang

qui marquent

au fer

ton peuple

 

 

 

Corps rivé à la barque

immobile

sur le grand lac        l'enfer

sur la paille

éteinte                     ton oiseau lyre

s'étire

tes ailes

se déploient

dans tes yeux toujours levés 

des étoiles

en croisade

de colombe

 

 

 

 

Les marais

les monstres de métal

ont attenté

à ta route 

Pose les mains 

shaman ! 

sur l'ignorance

repose ton coeur  

sur les pensées

sur les pavés

de san Telmo

 

 

 

 

 

 

 

De ces mille mains

aux regards

incandescents,

veille!

Que les

pilleurs d'avenir

se le disent:

Debussy ne les bercera pas

dans leurs tombeaux!

 

 

 

 

 

Perle 

le sang 

d'une aile pure

cueille !  

Arrose ta

métamorphose!

Il n'y a pas d'ange déchu

 

 

 

 

 

 

Icare-Odilon-Redon-787x1024.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'arc de lumière

d'homme  

la voie lactée

de femme

le rire de l'enfance

 

 

Tout,

par amour de l'art

désir d'amour

art du désir

tout de nous                       -- elle me l'a appris,

de nos têtes

épuisées d'éclairs

 

de nos mains 

inopérées

 

se sculpte

patiemment

 

dans la matière-maux

 

 

de nos résurrections.

 

 

 

 

 

 

 

Pour Cristina Castello 

Pour toute rébellion en amour

 

 

Martine Cros, le 13 février  &  le 30 mai 2014

 

 

 

 

 

redon-13.jpg

 

 

 

 

 

 

Photographies des oeuvres, ici, 

Odilon Redon, Ombre et lumière, fusain sur papier, 50 x 37,5, New Orleans Museum of Art

Odilon Redon. Icare dit aussi L'Offrande, huile sur carton, 52x38 

Odilon Redon, Evocation de papillons, 1910-1912

Et là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici là aussi,

quelques vers choisis

dans la dernière publication de Cristina Castello :

 

 

 

"Le chant des sirènes"

les éditions Chemins de plume, un poète, une voix, livre-audio

 

 

 

 

Extrait de "Nous", p.27 :

 

 

 

"Aimer

C'est secouer toute ramure

Se désabriter Se déposséder

Etre noyau, substance, entité

Aimer c'est refonder l'enfance"

 

 

 

 

 

 

 

"Torrent", p. 37 :

 

 

 

"Le monde est une clôture d'épines

Toile d'araignée où rampent des enfants aveugles

Le soleil pleut une aube sans habits

Et un violon ébauche une prière

Mais reste muet

 

 

L'oeil strabique de Dieu a perdu son axe

Les corbeaux dévorent les colombes

La bonté efface les lignes de sa main

Et Géricault esquisse un Radeau rédempteur

Mais il meurt

 

 

Tout est abîme

 

 

Ironie de l'histoire

La chaîne d'or de ton enfance

Se penche avec ton cou

Pour féconder ma bouche

Nous germons

 

 

L'amour consolera peut-être de tant d'ombre

La douleur sanglotera peut-être aux éclats."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les yeux de Cristina

Les yeux de Cristina

Vert, l'offrande
Tag(s) : #comme un écho, #Cristina Castello

Partager cet article

Repost 0