Transcription de la cinquième vidéo

 



    " ...une expérience qui a influencé Platon :
l'expérience de tomber en amour.
     Ceci aussi, comme l'expérience de la perte d'un être cher,
est un phénomène universel, et des plus étranges.
     Le visage et le corps de l'être aimé sont imprégnés
de la plus intense énergie, mais ils sont comme le corps
d'une personne défunte. Ils ne semblent pas appartenir au
monde ordinaire.    
     Les poètes ont produit des milliers de mots à propos de cette
expérience et aucun de ces mots ne peut vraiment la saisir.
Ces grands changements dans le cours de la vie, le désir ardent
de s'unir à une autre personne, la perte d'un être cher, sont des
moments que nous considérons comme sacrés. 
     Si nous examinons l'histoire de l'idée de beauté, 
nous remarquons que philosophes et artistes ont eu
de bonnes raisons de relier la beauté au sacré et de considérer
notre besoin pour la beauté comme un élément profond de notre
nature, une étape dans notre désir de consolation dans un monde
de danger,de chagrin et de détresse.
      
     Aujourd'hui plusieurs artistes méprisent l'idée de beauté
telle le résidu d'une époque disparue qui n'a plus rien de réel
avec le monde qui nous entoure. Il y a eu une volonté de désacraliser
le sexe et la mort, en montrant de manière impersonnelle
la destruction de leur signification spirituelle. Comme ceux qui
abandonnent leur religion souhaitent ridiculiser la croyance perdue,
les artistes ressentent aussi le désir de traiter la vie humaine de
manière dégradante, en se moquant de la quête de la beauté.
Cette profanation volontaire est aussi un déni de l'amour,
une tentative de refaire le monde comme si l'amour n'en faisait
plus partie. C'est selon moi l'élément le plus important de notre
culture post-moderne. Une culture sans amour déterminée
à illustrer un monde impossible à aimer.
      
     Evidemment cette habitude à vouloir comprendre le côté trouble
de l'humanité n'est pas nouvelle. Depuis les débuts de notre civilisation,
cela a été une des premières tâches de l'art de prendre ce qu'il y a
de plus douloureux à la condition humaine et de la convertir
en une oeuvre de beauté. L'art a l'habilité de purger la vie ,
d'y trouver la beauté même dans les pires conditions."
Tableau d'Andrea Montegna, Calvary, 1457-60.
(...)
Le calvaire, vu sous la lumière du peintre, sous une autre lumière
qui rend l'horreur plus humainement acceptable.

"Qu'en est-il des choses moins tragiques mais sordides?
L'art peut-il y trouver de la beauté?
Tableau d'Eugène Delacroix, Lit défait, 1827.
   
     Delacroix représente son lit, dans tout son désordre. Il apporte
de la beauté à quelque chose qui n'en a pas. Comme une bénédiction
sur son propre chaos émotionnel. Delacroix disait: "Voyez comme ces
draps tâchés de sueur rappellent des nuits troublées,
les tourments de celui qui les a vécues, comment la lumière
réhausse ces tourments comme s'ils étaient encore animés par le dormeur."
    Le lit est transformé par l'action créatrice et devient autre chose :
un symbole vivant de la condition humaine.  Symbole qui nous lie à l'artiste.
Tracey Emin, My bed, 1998, installation, où l'on voit un lit défait dans
un jonché d'objets divers et (a)variés.
     
     Il y a une différence entre une vraie oeuvre d'art qui rend
la laideur belle, et la fausse oeuvre d'art, qui ne fait que partager
la laideur qu'elle exprime."
Fragment d'interview, à peine résumé:
Tracey Emin
-D'abord, c'est une oeuvre d'art parce que je dis que cela en est une.
Le journaliste
-Pensez-vous que c'est beau?
T.E.
- Oui c'est beau sinon je ne le montrerais pas.
  
     "Comment ceci peut-il être une oeuvre d'art s'il n'y a pas
de tentative à transformer la matière première d'une idée?
Ce n'est qu'une chose sordide parmi tant d'autres.
Littéralement : un lit défait.
Cela nous ramène à la question soulevée par Duchamp, à savoir,
est-ce que n'importe quoi peut être de l'art.
Question qui préoccupe les innovateurs potentiels et les traditionnalistes."
  
     S'en suit un pan de discussion avec l'un d'eux, un sculpteur,
Alexander Stoddart, sur l'art conceptuel qui s'est épuisé de lui-même .
La conclusion en est qu'  " il y a une normalisation de la profanation,
comme une sorte d'immoralité, c'est une tentative de destruction
du sens de la  forme humaine. Une tentative de détruire la connaissance."





Tag(s) : #Fragments & Carnets

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