Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Henri Matisse, Portrait de Rabelais, Fusain --- non fixé --- sur papier Vélin filigrané, 1951, Musée Matisse, Nice.

Henri Matisse, Portrait de Rabelais, Fusain --- non fixé --- sur papier Vélin filigrané, 1951, Musée Matisse, Nice.

 

 

 

Dans ingénue, on trouve ingénieuse et nue

 

 

 

 

22 juillet 2017

*

Matisse - Dessins, portraits, visages d'expression

 


 


 


 


 


 


 

Je feuillette une biographie sur Rabelais --- Rabelais, par Mireille Huchon, Biographies nrf Gallimard, 2013 ---, dont l'avant-propos se termine sur ces mots :

« Les traits du Rabelais de chair et d'os peuvent être à jamais perdus. Pour le portrait de Rabelais, Henri Matisse conçut une série de huit « têtes d'expression » selon sa méthode des « Thèmes et variations », non pas pure fiction, mais recherche des traits essentiels en s'inspirant de l'histoire, des reproductions du temps. Pour Rabelais, de ses lectures, de l'iconographie de l'époque, il tira un portrait de moine truculent, de plus en plus mélancolique dans les variations suivantes et c'est les yeux fermés qu'il créa la dernière version, aux éléments épurés et bousculés, comme symbole de la vie, de l'esprit de Rabelais. Connaissances, contemplation, imagination ; « fermez les yeux et gardez présente votre vision, ensuite de quoi, travaillez avec votre sensibilité propre° ». Fermons les yeux... »


 

° Henri Matisse – Écrits et propos sur l’Art, Collection Savoir, Paris-Hermann, 1972, p. 67 et p. 228-229.


 

De bon augure, puisque je travaille ces jours-ci le portrait d'Hölderlin en suivant mentalement le même précepte, quand, à l'opposé, gestuellement, je m'entête à corrompre la matière --- peinture à l'huile ! ---, et l'épure des traits ou des taches. De fil en aiguille, je découvre ce portrait, donc, de Rabelais par Matisse ; je mets liens et images de côté. Je songe à partager désormais quelques unes de ces recherches à l'entre-deux de la littérature et de la peinture. Mais demain fera acte pour toucher le fond : racler.

 

Et en passant, je découvre la rencontre entre Matisse et Aragon, etc.


 

Henri Matisse, Tête de femme --- portrait de Mrs Paley ---, fusain sur papier pour aquarelle, 1936, Musée Matisse, Nice.

Henri Matisse, Tête de femme --- portrait de Mrs Paley ---, fusain sur papier pour aquarelle, 1936, Musée Matisse, Nice.

 

 

 

Henri Matisse


 

Écrits et propos sur l’Art


 


 


 

"Les vrais portraits sont assez rares. On pourrait dire que le portrait photographique est suffisant. Pour l’anthropométrie, oui, mais pour l’artiste à la recherche du caractère profond d’un visage, il en va autrement ; la consignation des traits du modèle décèle des sentiments inconnus bien souvent du sourcier même qui les a mis à jour. Si besoin en était, l’analyse d’un physiognomoniste serait presque nécessaire pour essayer de les traduire en langage clair, car ils synthétisent et contiennent beaucoup de choses que le peintre lui-même ne soupçonne pas tout d’abord. Les vrais portraits, c’est-à-dire ceux dont les éléments, de même que les sentiments, semblent sortir du modèle, sont assez rares. […]

Au XVIIe siècle, Rembrandt avec son pinceau ou avec sa pointe a fait de vrais portraits. Mon maître Gustave Moreau disait qu’avant ce maître on n’avait peint que des grimaces et Rembrandt lui-même constatait que toute son œuvre n’était faite que de portraits. Je retiens ce mot, il me paraît juste et profond. Le visage humain m’a toujours beaucoup intéressé. J’ai même une assez remarquable mémoire pour les visages, même pour ceux que je n’ai vus qu’une seule fois. En les regardant, je ne fais aucune psychologie mais je suis frappé par leur expression souvent particulière et profonde… Ils me retiennent probablement par leur particularité expressive et par un intérêt qui est entièrement d’ordre plastique. C’est du premier choc de la contemplation d’un visage que dépend la sensation principale qui me conduit constamment pendant toute l’exécution d’un portrait. […]

J’ai fini par découvrir que la ressemblance d’un portrait vient de l’opposition qui existe entre le visage du modèle et les autres visages, en un mot de son asymétrie particulière. Chaque figure a son rythme particulier et c’est ce rythme qui crée la ressemblance. Pour les Occidentaux, les portraits les plus caractéristiques se trouvent chez les Allemands : Holbein, Dürer et Lucas Cranach. Ils jouent avec l’asymétrie, la dissemblance des visages à l’encontre des Méridionaux qui tendent le plus souvent à tout ramener à un type régulier, à une construction symétrique. Pourtant, je crois que l’expression essentielle d’une œuvre dépend presque entièrement de la projection du sentiment de l’artiste ; d’après son modèle et non de l’exactitude organique de celui-ci. […]

La conclusion de tout cela : le portrait est un art des plus singuliers. Il demande à l’artiste des dons particuliers et une possibilité d’identification presque complète du peintre et de son modèle. Le peintre doit se trouver sans idée préconçue devant son modèle. Tout doit venir à son esprit comme dans un paysage lui parviendraient toutes les odeurs de ces paysages : celles de la terre, des fleurs associées aux jeux des nuages aux mouvements des arbres et aux différents bruits de la campagne. "


 


 


 


 

Henri Matisse – Écrits et propos sur l’Art, Collection Savoir, Paris-Hermann, 1972, pp. 175 à 177.


 



 

Henri Matisse, portrait de Louis Aragon, encre sur papier d'Arches, 1942 --- dessin daté de 1943 par l'artiste alors que les séances de pose avec Aragon eurent lieu en avril-mars 1942 ---, Centre Pompidou, Paris.

Henri Matisse, portrait de Louis Aragon, encre sur papier d'Arches, 1942 --- dessin daté de 1943 par l'artiste alors que les séances de pose avec Aragon eurent lieu en avril-mars 1942 ---, Centre Pompidou, Paris.

Matisse - Dessins, portraits, visages d'expression
Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures, #Peinture, #Matisse, #Notes de l'ingénue, #Rabelais

Partager cet article

Repost 0