Les étés de Hölderlin - 2

 

 

 

En écho au Scardanelli

de Friederike Mayröcker,


 

L'été


 

de Friedrich Hölderlin


 


 


 


 

Der Sommer


 


 

Wenn dann vorbei des Frühlings Blüte schwindet,

So ist der Sommer da, der um das Jahr sich windet.

Und wie der Bach das Tal hinuntergleitet,

So ist der Berge Pracht darum verbreitet.

Dass sich das Feld mit Pracht am meisten zeiget,

Ist, wie der Tag, der sich zum Abend neiget ;

Wie so das Jahr verweilt, so sind des Sommers

Stunden

Und Bilder der Natur dem Menschen oft versch-

wunden.


 

          d. 24 Mai                                              Scardanelli.

          1778.


     


     

    P. 76

     

    Les étés de Hölderlin - 2

     

     

     

    L'été


     


     


     

    Dès que la floraison du printemps se fane,

    L'été est là, qui s'enroule autour de l'année,

    Et comme la rivière glisse au fond de la vallée

    La splendeur de la montagne alentour est déployée.

    Que la campagne se montre presque toujours avec

    splendeur,

    C'est comme le jour qui vers le soir s'incline ;

    Ainsi l'année séjourne, ainsi les heures de l'été

    Et les images de la nature pour l'homme souvent sont

    effacées.


     

    Le 24 mai                                                     Scardanelli.

    1778.

     

     

    P. 77

     

    Les étés de Hölderlin - 2
    Les étés de Hölderlin - 2

    L'heure de la terre


    À travers le cycle des saisons et celui des poèmes, où les journées et l'année semblent en même temps s'attarder et se précipiter, les paysages demeurent et se transforment ; ils s'ouvrent dans un espace limpide et profond comme le ciel où resplendit le foisonnement des étoiles. Ce qui ne se découvre pas d'emblée attend le regard : ainsi, depuis ce promontoire où nul ne veut être, la mer et son immensité ; au fond de la vallée, dissimulés sous les frondaisons, la rivière et ses remous ; là-bas, sur les hauteurs, l'escalier qui sous la treille conduit sans doute au-dessous de l'arbre en fleurs.
    (…)
    Le lieu d'où le visible se découvre, parfois s'incarne dans le promeneur, le plus souvent reste indéterminé ; il peut aussi se déployer, et se confondre avec le ciel même, « d'où l'heure de la terre est visible tout le jour ».
    (…)
    Rien n'est caché, rien n'est au-delà de cette transparence. Le monde y est simplement présent, dans sa littéralité, immobile et fuyant, illimité et fermé : étrange --- d'une si familière étrangeté.

    *

    Il m'a semblé retrouver dans la lettre des poèmes, non plus figurées, mais en acte, ayant pris corps, les mêmes singulières réversibilités du proche et du lointain, la même transparence ambiguë.
    L'impression de limpidité et de simplicité des thèmes et de la langue que le lecteur peut ressentir à l'abord de ces poèmes ne va pas sans trouble, comme si la transparence pouvait receler quelque secret impénétrable dont cette simplicité même serait l'indice et le voile. Car la langue de tous porte ici des traits singuliers : la ligne parfois heurtée, les ruptures de construction, les répétitions de mots, ou l'emploi de tournures parfois abruptes ne sont pas l'expression d'un maniérisme ; elles semblent au contraire transcrire directement, sans habileté littéraire, les ellipses de la pensée, en rendre compte, aller au plus près, au plus bref ; les aspérités du discours le font rejaillir, pierres autour desquelles se forment les remous de la rivière. Plus que la versification, ces traits singuliers dans la lettre des textes en constituent la forme poétique, sont la poésie. (…)


    Extraits de la présentation du traducteur, Jean-Pierre Burgart.
    In


    DERNIERS POÈMES

    Éditions points / poésie -William Blake and Co. Édit., 2011-
    Traduit de l’allemand et présenté par Jean-Pierre Burgart
    Édition bilingue


    Les étés de Hölderlin - 2
    "Pivoines, renoncules, roses", en écho aux étés de Hölderlin, peinture, M. C., acrylique sur toiles ---triptyque---, juin 2017

    "Pivoines, renoncules, roses", en écho aux étés de Hölderlin, peinture, M. C., acrylique sur toiles ---triptyque---, juin 2017

    Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures, #Poésie de langue allemande, #Hölderlin

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