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Photographie by Adrienne Arth

Photographie by Adrienne Arth

 

 

 

CHRISTOPHE LAMIOT ENOS


 

VIGES


 

Collection Poésie,

éditions Flammarion, Paris, 2016.


 


 

*

 

 

-- Extraits --


 

*


 


 

Première partie.


 


 

page 31


 

[…)

DE RETOUR RUE GONDINET JE CARESSE MP


 


 


 

page 32


 

LE MARDI 1er MARS 2011, SOIR, RUE GONDINET, TON VISAGE

COMME SI TU VENAIS DE FORÊTS QUE TU VEUILLES GARDER.


 

Toi allongée, du visage

quand je lisse tes cheveux

en arrière, sous la lampe

que la forme de ton front

se souligne par des ombres


 

voici : me reviennent tant

soudain, par tes yeux, tes lèvres

par toute ton expression

grave, voire butée, qu'une

énergie anime, dont


 

tu me parles, de ces branches

emmêlées, par entrelacs

où se trouver, où, le soir

avoir ce goût des forêts

de la peau, sur tout le corps.


 

Oui, nous leur appartenons

qui répètent l'antérieur

des jeux, des fêtes. Les creux

les reliefs, leur long, rappellent

nos forêts : y avançons


 

les gardant aussi, gardiennes

ensemble, du « jour et nuit »

des émotions qui surviennent

des gestes sans voix, des bruits

de ces forêts, miennes, tiennes.


 


 

 


 

pages 57-58


 


 

LE MARDI 11 NOVEMBRE 2008, RÊVE D'UN GRAND

BÂTIMENT DE CRAIE, BLANC EN TOUS CAS, DONT UNE FAÇADE

DÉCORÉE ET UNE TOUR OU FLÈCHE, VISITE À DEUX AVEC MP AU

BOUT D'UN CHAMP COMME DERRIÈRE LA MAISON DE MAMIE TI,

MA GRAND-MÈRE MATERNELLE.

LE VENDREDI 31 OCTOBRE 2008, COURSES DE FRUITS ET POISSONS.

LE MARDI 11 NOVEMBRE 2008, MATIN, RÊVE D'UN GRAND

BÂTIMENT DE CRAIE, BLANC EN TOUS CAS, DONT UNE FAÇADE

DÉCORÉE ET UNE TOUR OU FLÈCHE, VISITE À DEUX AVEC MP AU

BOUT D'UN CHAMP COMME DERRIÈRE LA MAISON DE MAMIE TI,

MA GRAND-MÈRE MATERNELLE.


 


 

Oui, il me semble, au simple coup d'oeil

être déjà allé en ce lieu

devant moi--


 

Des gouttes d'eau, de froideur en suspension

dans l'air, ravivent le visage et les mains

face au chantier où, rien, qui se voie, ne bouge

malgré, bien diffuse, cette activité

imaginée en bas, dans le fond, qui engloutit les matériaux--


 

Il me semble, la motte, le bois

poussant sur, foncée, la terre en tas

reconnaître--


 

Nous allons à travers champs

commencement de l'après-midi

pour quel autre rêve parcourir?


 

Oui, il me semble, un moment, rejoindre

quelque chose qui remue, d'ici

énergie--


 

Hier, en rentrant, tu me montrais, en haut

surplomblant cette fosse, au loin, la lumière

sur les plantes vertes poussant tout autour

d'une terrasse, éclairée, la nuit, au loin

tes paroles indiquant combien il ferait bon y pénétrer.


 

Il me semble, plutôt tendrement

à la faveur de la promenade

comme un socle--


 

Des étendues, revenant

l'herbe des bois, de ce côté-ci

mince, grandie avant de roussir


 

regarder ce bâtiment

gage de solidité, ainsi

que flèche s'élançant, avenir


 

à son tour, après de nombreuses années

pour découvrir de nuit, au-dessus, les toits

à ce moment d'avant la reconstruction

laissant, fragiles, comme à l'air, les espaces

revivifiés, désormais, du bâtiment précédent (un garage)


 

trouvé non loin—Cependant

personne d'autre que nous, ici

l'après-midi, le soir, le sortir


 

Le long des jambes, le blanc

maintenant d'un mur de craie nous dit

qu'il nous attend, à nous de venir.


 

Oui, il me semble ville de Viges

toujours redécouvrir, nuitamment

pas à pas.

 

 

 

 

*


 


 


 

Deuxième partie.


 


 


 

page 103


 


 

Le dimanche 24 février 2013, dans la nuit, rêve.


 


 

À cette porte ta bouche

le passé me rappelant

mi-chemin entre sentiment et perception : des Images


 

Cette nuit, là-bas, je couche

où, espaces me parlant

cette porte, je dépasse vers au moins un pré ou herbage.


 

Tes paroles vont, qui touchent

à rêves, à revenants

avec qualité, teneur de ce qui allège les pages.


 

Y retrouver comme souches

des haies, des pentes, vraiment

je peux considérer à nouveau, à la porte, passages.


 

Abouche, tant, à ta bouche

de ce qui suit mon dedans

que voici, à ce pré, feuilles, rêves, formes—Mon bagage.


 


 


*


 


 

Troisième partie.


 


 


 

pages 151-153


 


 

LES ARBRES ÉTÊTÉS, QUATRE.


 

Le long du chemin de fer

à cet endroit vers Honfleur

s'entend la circulation automobile, formant bruit


 

qui monte, dans l'atmosphère

non loin des étangs. Ailleurs :

(…) allée de jaune terre, bordée de jeunes arbres—Puis,


 

rapidement : au deux tiers

mutilé, celui-ci meurt.

Cet autre (aussi décapité), reprend. Sur celui qui suit


 

comme à son voisin, l'affaire

de décollement écoeure

(petitesses la destruction et l'apparemment gratuit).


 

Quatre arbres étêtés. L'air

autour, a cette couleur

de l'arraché de l'écorce grise, dont l'intérieur luit.


 



 

*


 


 

Quatrième partie.


 



 

pages 258-259


 


 

[…]

Qui s'oublie. Qui prête à remémoration.

Quelque chose, plus exactement une configuration particulière, issue d'un regroupement de vécus spécifiques, toujours présents, bien qu'en provenance du passé, oubliés de la conscience, mais emmagasinés par le corps, les corps, les êtres que nous croisons, les paysages traversés, les villes, les textes écrits à notre insu, de notre vivant, par d'autres ou par nous-mêmes, lus ou non, connus ou inconnus, une série d'invisibilités pour ainsi dire (seulement partielles, pour la plupart; complètes quant à de certaines), sinon invisibilités du moins souvenirs lointains, voire perdus, devenus étrangers à force d'éloignement, voici ce qui se découvre et, en fait, retrouve dans la relation amoureuse sexuée ou à dimension sexuelle. Surprise ! Étonnement ! Émerveillements ! Richesses d'un monde—Ce monde, Bien, celui-ci dans lequel nous vivons (nous n'en avons pas besoin d'un autre).

Indépassables émerveillements ! Ces vécus, porteurs de la marque de l'oubli, de la disparition, du manque, de l'anéantissement peut-être, se manifestent par les Images qu'ils suscitent (ce qui s'exprime aussi par « leurs relations »).

Ils brillent.

Leurs éclats retiennent. Une étoile veille.

Des étoiles. La proximité de « toile » et « étoile » ne joue pas un rôle de peu d'importance, ici. Veuille telle étoile Te suivre, Lecteur/Lectrice ! Veuille telle étoile Te veiller ! Nous veiller ! Que telle étoile anime tresse de tresses!

Moi aussi, j'ai connu des chevaux (merci, Walter Farley).

Beaucoup par l'intermédiaire de lectures.

Oui, Jon Stallworthy parle de constellations de mots sur la page, chacun comme un astre, éteint peut-être, mais dont la lumière nous parvient encore, parfois.

Eros—Nous portons le dieu en nous (engendré du chaos primitif, il représente la force attractive qui assure la cohésion de l'univers et la reproduction des espèces ; nous l'oublions). Il a les mains qui nous veulent, minutieusement. Chacun de ses cheveux compte : avec chacun, un nouveau visage ; rayon. Son attention, il la donne à celui ou celle qui s'offre. La rencontre ne se produit qu'à mesure de ces découvertes à faire, fondations pour la conscience, éclats qui s'avancent pour se retirer aussitôt, après avoir toutefois laissé la marque de l'oubli, de l'importance de l'oubli, dans notre quotidien. Eros : motif de l'espoir toujours recommencé ; appel à notre passementerie ; que tissent nos mains, nos bras, nos doigts, nos regards, à partir de trois fois rien (soit : mon corps, ton corps, nos deux corps). Nouer, renouer avec toujours plus de sûreté et de force, vécu et vocabulaire, ressenti et exprimé, de façon à ce que, oui, telle tâche en suscite la vocation d'autres, qui l'oublient peut-être ici, pour mieux la reprendre là, avec plus d'ardeur, plus de vigilance, un surcroît d'âpreté et de défi—Beauté.


 

[…]


 


*



 



[…]




dans la nuit

ont ce goût

les paroles




[…]


page 284


(7ème NOCTURNE—CHOPIN)




Où, dans le doux, la confiance

parlons, depuis l'avant qui détermine conversations

la confiance.

Regardons-nous en un même

« vois-tu » […]



page 301

Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures, #Christophe Lamiot Enos

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