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Poésie en forme de rose - Pier Paolo Pasolini

Poésie en forme de rose - Pier Paolo Pasolini

Poésie en forme de rose - Pier Paolo Pasolini

 

*


 


 


 


 

Nuova poesia in forma di rosa


 


 


 

Fossi vissuta

quieta come una bestia,

ma avessi consegnata quella lettera

che m'era stata affidata!


 

B. BRECHT,

Santa Giovanna dei Macelli


 


 


 

Cosa fate?

Io scrivo di nuovo

una poesia in forma di rosa (3

settembre 1963), buoni dispersi d'Eridania!

Tutti emigrati, come rondini, che lasciano le piazze vuote. Quindi si pone

il problema del nostro silenzio. Da Bagutta Ferrata ha uno

strano sorriso distratto, di matto che guarda altro matto,

solo perché non esce più da alcuni anni il Magone

cantato in combutta a Bologna, PER AMORE,

PER PURO AMORE, ecc. ecc. L'Italia

va benissimo senza ni noi,

ma noi, cosa facciamo

nel mondo nero?


 


 

Nel secondo

petalo odoroso si contempla

LEONETTI... che urlando ara vos prec

da versi al Verri (mentre Verre in Lombardia...)

(Ravenna... Cesena... Grandi speranze con Einaudi, e, dal confino,

quasi piccolo Mossadeq, cova un sogno, in cui De Gaulle è Re, una cerchia

d'Esse Esse stilcritiche gli gnomi, e il Nulla noi, i suoi più cari amici ecc...

Conclude il sogno: bene. Rimette i peccati ai peccatori, bene.

Da redattore rifatto formica, riprende i rapidi per Milano,

per Roma, Einaudi, Garzanti, Romano che dice addio

alla Televisione, e apre un futuro di Collane...)

Ma la formica laboriosa ha il buco

dove se ne sta sola, e canta

come la cicala. Questa la

sua vita, ma è vita

sua, nera.


 


 

Nel terzo

petalo odoroso si contempla

ROVERSI, come un monaco di clausura

diventato pazzo, che cerca una clausura nella

clausura, per rifare di nuovo il cammino già fatto,

senza notizie biografiche, cicala nel sole della tomba,

a trasformare livore in malinconia – comunque

quella è la sua vita, e della sua vita

i suoi versi sono testimoni

che hanno senso in con-

testi di dolore

nero.


 


 

*


 


 

Nouvelle poésie en forme de rose


 


 


 

Si j'avais vécu

tranquille comme une bête,

mais que tu m'aies donné cette lettre

qui m'était destinée!


 

B. BRECHT,

Sainte Jeanne des Abattoirs


 


 

Que faites-vous?

J'écris à nouveau

un poème en forme de rose (3

septembre 1963), bons dispersés d'Eridania!

Tous des émigrés, comme des hirondelles, qui laissent les places vides. Puis se pose

le problème de notre silence. Chez Bagutta, Ferrata a un

étrange sourire distrait, de fou qui regarde un autre fou,

rien que parce que ne sort plus depuis quelques années le Magone

chanté en coeur à Bologne, PAR AMOUR,

PAR PUR AMOUR, etc. L'Italie

se porte très bien sans nous,

mais nous que faisons-nous

dans le monde noir?


 


 

Dans le deuxième

pétale parfumé on contemple

LEONETTI... qui, en hurlant ara vos prec

donne des vers au Verri (pendant que Verre en Lombardie...)

(Ravenne... Cesena... Grandes espérances avec Einaudi, et, de son exil,

comme le petit Mossadegh, il caresse un rêve où De Gaulle est Roi, un cercle

de SS stylcritiques les gnomes, et le Néant nous, ses plus chers amis etc.

Il termine son rêve: parfait. Il restitue les péchés aux pécheurs, parfait.

De rédacteur devenu fourmi, il reprend les express pour Milan,

pour Rome, Einaudi, Garzanti, Romano qui dit adieu

à la télévision, et ouvre un avenir de Collections...)

Mais la fourmi laborieuse a son trou

où se nicher seule, et chante

comme la cigale. Qui mène

sa vie, mais cette

vie est noire.


 


 


 

Dans le troisième

pétale parfumé on contemple

ROVERSI, comme un moine cloîtré,

devenu fou, qui cherche une clôture dans

la clôture monacale, pour refaire le chemin parcouru

sans notices biographiques, cigale sous le soleil sépulcral,

transformant sa pâleur en mélancolie – en tout cas

telle est sa vie, et de cette vie-là

ses vers témoignent

qui trouvent leur sens dans des con-

textes de douleur

noire.


 


 


 


 


 

PIER PAOLO PASOLINI

Poésie en forme de rose

- Poesia in forma di rosa -

Traduction de l'italien, préface et annotations : René de Ceccatty, Rivages poche éditions, Petite Bibliothèque, Payot-Rivages, 2015, édition bilingue, extraits pages 304-307.

*


 


 

Quatrième de couverture


 


 

Publié au sommet de la gloire de Pasolini (1964), pendant le tournage de l'Evangile selon saint Matthieu et après celui de La Ricotta, ce livre fait réapparaître un Pasolini secret (plusieurs poèmes sont des journaux tenus pendant des tournages et des repérages) découvrant un autre monde (Israël, l'Afrique), alors que ses précédents recueils étaient profondément tournés vers l'Italie.

On ne peut pas séparer le travail poétique de Pasolini de ses autres activités. Sa création s'est épanouie dans tous les domaines : roman, critique, politique, cinéma. Mais c'est dans le poème écrit qu'il concentrait sa personnalité, y faisant percevoir les blessures de sa vie intime et la puissance de sa voix révoltée. Ce recueil est traduit intégralement en français pour la première fois.


 


 

*


 


 

Poème pour un vers de Shakespeare


 


 


 

(…)

Nella mia pace figliale, ma non crepusco-

lare, tu dormi,


 

dove e come non so, verso di Shakespeare, ritornato

per istinto stagionale (?) da terre che non hanno nulla

a che fare con noi ecc.

(…)

*

(…)

Dans ma paix filiale, mais non

crépusculaire, tu dors,


 

où et comment, ça je n'en sais rien, vers de Shake-

speare, revenu par instinct saisonnier (?) de terres

qui n'ont rien à voir avec nous etc.

(…)


 

*


 

(…)

Stracciato lino sui resti eterni dell'estate,

o ruggine fecondità sorto le irremovibili

nevi del Trecento, laggiù la pace ha giganteschi pettini

di solchi, per il rado pelame dell'Appennino.

« Ho dimenticato la ragione – il patto

con Dio – grido nell'aria invernale,

lottando come un vecchio portato al macello –

E amo la morte dei morti, quella che laggiù

nello sconsolato Appennino,

testimonia il sopravvissuto cippo divisorio di proprietà!

Barocco! Ottagonale! Con le scritte su pergamena

di marmo arrotolato come orecchie a sventola!

L'uomo non potrà mai adattarsi alla Società! »

(…)

*


 

(…)

Lin déchiré sur les reliquats éternels de l'été,

ou rouille fécondité sous les immuables

neiges du XIVe siècle, là-bas la paix a de gigantesques peignes

à sillons, sur le pelage clairsemé des Apennins.

« J'ai oublié la raison, le pacte

avec Dieu – crié-je dans l'air hivernal,

luttant comme un vieux cheval conduit à l'abattoir –

Et j'aime la mort des morts, celle dont là-bas

dans les inconsolés Apennins,

témoignent les bornes séparatrices de propriété qui ont subsisté!

baroques! octogonales! avec des inscriptions sur parchemin

de marbre enroulé comme des oreilles décollées !

L'homme ne pourra jamais s'adapter à la Société ! »

(…)


 


 


 

Ces courts extraits, pages 213, 241.


 

 

Poésie en forme de rose - Pier Paolo Pasolini