Portrait d’Alexandre Sakharoff, Marianne Werefkin, 1909,  Museo Comunale d’Arte Moderna, Ascona, Suisse

Portrait d’Alexandre Sakharoff, Marianne Werefkin, 1909, Museo Comunale d’Arte Moderna, Ascona, Suisse

 

 

 

 

Marianne Werefkin

 

Lettres à un Inconnu

 

Aux sources de l'expressionnisme

 

Collection "L'esprit et les formes"

Editions klincksieck

2005

 

 

 

Présentation (57 pages) par

Gabrielle Dufour-Kowalska

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettres à un inconnu - Marianne Werefkin

 

 

 

 

"Par la volonté seule de notre désir éternisé"

 

 

 

 

L'amour - c'est un regard qui dure, c'est une parole qui tombe, c'est quelque chose dans l'air, c'est quelque chose en nous-mêmes. L'amour - ce sont des instants. Les faire naître - c'est du génie. Les faire durer - de la bêtise. J'ai vu dans un oeil qui me plaît une paillette lumineuse qui n'y était pas. Si je regarde de trop près, la paillette devient larme, ou effet d'éclairage, un fait l'explique, mais elle n'est plus pour l'amour. On parle d'aimer comme de boire ou manger, comme si la création qu'est l'amour pouvait être permanente, toujours égale à elle-même, toujours fidèle à elle-même. L'affection est un acquis du coeur, l'amour est un état de l'âme, comme la passion est un état du corps. 

 

Quand on a dit j'aime, on est sur le point de ne plus aimer (...) (...) Le doute est la douceur de l'amour. A l'état de doute l'amour est forgeur de chimères, invraisemblable dans ses suppositions, incohérent, illogique, tout au moment donné, pour un rien il dérange la marche de l'histoire, les sciences exactes lui sont peu de choses, il n'est pas de miracle qu'il ne puisse croire vrai. La langue hypocrite des humains appelle cela avoir de l'intérêt pour quelqu'un. La langue artiste de l'amour, si soigneuse des formes, trouve cent noms à la chose. Du coeur qui aime à celui qui doit lui répondre, les mensonges cumulent les mensonges. La douce joie de voir briller à votre vue des yeux que vous ne voulez pas indifférents se change en désir de les voir là toujours devant soi, ces yeux qui toujours doivent briller. Oh ! mensonge des mensonges. Posséder un amour, c'est perdre. Toujours est en amour le chemin vers le jamais plus. La raison, en amour, c'est raffiner le mensonge, c'est de l'inventer et ne jamais viser à la réalisation. C'est de serrer doucement des doigts qui frémissent et ne pas vouloir les toucher. C'est, allant la nuit par de sombres allées, sentir l'amour battre follement de l'aile, et ne pas le toucher. Aimer c'est deviner et ne pas connaître, c'est inventer et ne pas approfondir, surtout ce n'est rien demander, mais laisser tout venir.(...)   

  

 

 

 

 

 

Extrait page 70 , in Cahiers Ier, IIe et IIIe  

- "(...) les extraits proposés ici représentent

environ un quart du texte intégral ",

lit-on avant le premier cahier, page 67 -

 

 

Tag(s) : #Expressionnisme, #Marianne Werefkin, #Amour, #Extraits - Ressentis de lectures

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