Gabriele Munter, Méditation, 1917 Lenbachhaus Gallery, Munich

Gabriele Munter, Méditation, 1917 Lenbachhaus Gallery, Munich

 

 

 

C'EST LÀ QUE J ‘AI AIMÉ

 

 


 

        Étrange

                     et inconnu


 

                               Ton chant


 

 

 

 

Par la fenêtre de tes yeux


 


 

C'est là que j'ai aimé

Peut-être dans tes paroles

Peut-être dans ton corps

sous la peau de tes paroles

qui ont pris corps 

dans l'évadée des robes imaginaires

Sottopelle orange enneigées de feux

Voyages de ville en ville nos étreintes  

et d'accalmies repliées sur les âmes éteintes

 

Sans que tu ne m'y autorises

c'est là que j'ai aimé

Que l'amour m'a

omise

À moins que ce ne soit le temps

Le temps parfois clôt les corolles

des fleurs méditatives


 


 

C'est là que j'ai aimé

Dans la paroisse de tes yeux

Assise sur le parvis d'un pleur

Je n'osais y entrer

Je n'y crois que si peu

Y crois-tu toi non plus?

À moins que ce ne soient les dieux

qui n’aient cru bon

d'emplir mon calice

d’une foi ferme et lisse

 


 

C'est là que j'ai aimé

Dans le poème

Ce seul enfant que nous pourrions avoir

 

 

 

 

Martine Cros Poésie

 

 

Oskar Kokoschka , Girl hands raised, 1908

Oskar Kokoschka , Girl hands raised, 1908

 

 

 

 

"Et je me souviens que là, là, très loin, un ciel immense et l’océan saluaient mon réveil. J’ai vu bien de belles choses dans ma vie. J’ai vu Venise dans la splendeur d’une nuit de printemps, saturée de lune jusqu’aux derniers replis de ses ruelles tortueuses, avec l’eau mystique de ses canaux, son ciel bleu, ses noires gondoles et ses feux et ses chants. J’ai vu l’Elbrouz (5630 m) à la première aube, tout blanc sur un ciel fantastique que traversait la longue queue d’un météore orange. J’ai vu le Kathec (5050 m dans la chaîne du Caucase) déchirer de sa cime les orages et apparaître immaculé dans la splendeur de ses neiges éclairées de lune. J’ai vu, dans la solitude de Guernesey, hurler l’océan sous l’œil rouge d’un phare, et j’ai vu la Mer Noire chatoyer au soleil, alors que les amandiers en fleurs mettaient sur le ciel leurs fines dentelles. J’ai vu le Brenner assoupi dans la neige et les riantes vallées de Géorgie s’étendre à mes pieds comme un tapis de verdure et de fleurs. J’ai vu à Amsterdam la glorieuse rentrée d’un transatlantique dans la joie d’une rade éclairée de mille feux. J’ai vu aussi la beauté infinie de nos campagnes russes où une âme semble vivre partout, charmant de sa voix. Et de toutes les beautés que j’ai vues, toutes senties et comprises, la plage modeste de Carteret m’est la plus chère, la plus suggestive : c’est là que j’ai aimé. »


 


 

Marianne von Werefkin, « Lettres à un inconnu », Editions Klincksieck, 2005.

  

Tag(s) : #Soleil noir, #Expressionnisme, #Gabriele Münter, #Oskar Kokoschka, #aimer

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