Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Portrait of Sadako Sasaki", artwork by Joëlle Jones

"Portrait of Sadako Sasaki", artwork by Joëlle Jones

 

 

 

 

 

Sadako Sasaki, fillette leucémique irradiée à Hiroshima, tenta de plier mille grues de papier, pour que, selon le proverbe, son voeu : continuer à vivre se réalise. Avant de mourir, sans dévier de son but, elle parvint à réaliser 644 de ces oiseaux hautement symboliques au Japon.

 

Ce sont les enfants de sa classe qui confectionnèrent les origamis manquants afin de parvenir jusqu'à mille.

 

A l'image de Sadako, j'ai "plié" 644 poèmes. Comme elle, je me suis arrêtée à ce chiffre afin de marquer l'impossibilité dans laquelle se trouve l'homme d'aller jusqu'au bout de ses projets, l'écrivain d'achever son oeuvre.

 

Il était difficile de publier les 644 textes, un choix a dû être fait tout en conservant la numérotation originelle des poèmes.

 

 

 

Chantal Dupuy Dunier

 

 

 

 

 

 

93

 

 

Et le poème aura la densité des pierres

dont il subsiste l'empreinte de la taille,

une marque,

discrète,

sur le pilier d'une abbatiale,

apposée au flanc de la bête langagière.

L'odeur primitive des mots incandescents,

(grésillement de la page).

 

En toile de fond,

l'incendie passé.

Le sol demeuré noir

      où est tombé l'adolescent.

 

 

 

 

P. 62

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

140

 

 

 

Comme la peau du cuir chevelu,

atterrée parce que les lèvres tomberont,

celles qui articulent,

celles qui aiment.

Tomber,

le verbe le plus définitif

de notre langue.

 

Je                    tombe.

Tu                       tombes.

Il ou elle           tombe.

 

Profond, aveugle,

aux sonorités asphyxiées.

Mourir chemine, léger à ses côtés.

 

 

 

 

 

P. 83

 

 

 

 

 

 David "Takashi" Favrod, "For Sadako"

David "Takashi" Favrod, "For Sadako"

 

 

 

 

270

 

 

Je tente de ranimer le chant

avec mes pauvres lèvres

en soufflant sur les braises,

en tisonnant les cendres des roses.

 

Passe la horde des mots vivants.

 

Certains marquent un temps d'arrêt.

 

Entrez, je dis.

Prenez place sur ce coussin, je dis.

Vous savez mieux que moi, je finis par dire,

rien à vous ordonner !

 

 

 

P.143

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

562

 

 

"Soleil Ô poumon noir

Tu pourris dans un coin"*

Près de la grue, là-bas, entre deux nuages,

qui sont l'écume du ciel

    et des jours.

 

 

 

*Blaise Cendrars

 

 

P.302

 

 

 

 

 

Mille grues de papier

 

Chantal Dupuy Dunier

 

Poésie

Flammarion

Paris, 2013

 

 

 

Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures, #Chantal Dupuy Dunier, #Sadako Sasaki

Partager cet article

Repost 0