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Photographie, copyright Katia Chausheva

Photographie, copyright Katia Chausheva

 

 

I


 


 

          Venise est mon épée de soie
          plantée dans l'eau secrète
          que lape une aube brume
          L'eau chante berce me contient

 

 

Je suis la rescapée de ses dentelles noires
à la fois plantée là comme dague en la nuit
à la fois 
je renais si me retire en elle,
Son ventre noyé.

 

 

 

 

 

Photographie, copyright Katia Chausheva

Photographie, copyright Katia Chausheva

 

 

 

II


 

 

Ta solitude,

finalement,

te renvoie au ciel.

 

 

 

Aussi droitement que l'arbre

peut-être veilles-tu,

sur les vestiges des beautés capitolines,

sur tes amours romaines où le Tibre troublé

porte au pont des Anges le parfum des baisers

vénéneux.

Infinis parapets : ils déversent nos louves

dans les lambeaux de flots-crinolines.

 

 

 

Peut-être désignes-tu de cette main lascive

ton coeur, pour dire encore un peu:

il bat.

 

 

 

Il se peut que le gris de l'orage

aime le noir secret

dans un excès

inaccessible d’absolu

que la lumière pourtant vient absoudre

coudre

au flot réfractaire du temps, là,


 

sous le pont amoureux.

 

 

 

Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé *.

Dans ses bras musicaux

assise sous les ponts,

j'attends les traits fulgurants des illuminations.

 

 

 

Allaite-moi aux fruits infécondés

du figuier ruminal - ton corps sauvage

- ton urne rousse où la gousse nouvelle 

de l'amour

retourne à de mystiques poussières,

où je deviens des folies,

de l'écriture qui surgit -

socle d'un pied ferme

inaugural.

 

 

 

 

Par la fenêtre

le regard découle d'un

certain oubli de soi.

Le chant du nuage

alors me ramène le poème ;

sur la table l'étang du passé

semble une mer lointaine.

Ô musique de la pluie** qu’un soleil blanc défait.


 


 

 


Martine Cros, Poésie

 

 

* Gérard de Nerval, Les Chimères

** Silvina Ocampo, La musique de la pluie et autres nouvelles

 

 

 

 

 

 

Poèmes d’amour désespéré
 
 

   Tue-moi, splendide et sombre amour,
    si tu vois dans mon âme s’égarer l’espérance,
    si le cri de douleur en moi se lasse,
    comme dans mes mains succombe cette fleur.

 


    Dans l’abîme de mon cœur
    tu trouvas un espace digne de ton attente,
    en vain de ton ciel tu m’éloignas
    laissant en flammes ma désolation.

 


    Contemple la misère, la richesse
    de qui connaît toute ta joie.
    Contemple mon hypnotique tristesse.

 


    Ô toi qui me fis don de l’harmonie !
    Je crois sans espérance en ta promesse.
    Amour contemple-moi, dans tes bras, prisonnière.

 

 

Silvina Ocampo, Poèmes d'amour désespéré
(Extrait), Collection Ibériques, Corti, 1997 

 

Silvina Ocampo, 1959, source : es.wikipedia.org

Silvina Ocampo, 1959, source : es.wikipedia.org

Source : http://milinviernos.files.wordpress.com/2012/05/descarga-20.jpg

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Tag(s) : #Les voyages capiteux, #Soleil noir, #Silvina Ocampo

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