OMBRES DE CHINE - André Markowicz

 

 

Ombres de Chine est une anthologie de poésie chinoise, dont les textes sont assemblés, traduits et commentés par André Markowicz.

Elle paraît aux éditions inculte / dernière marge en 2015 et présente douze poètes de la dynastie Tang ( 680 - 870) en quatre cents poèmes, suivis d'un épilogue.

Extraits:

 

 

 

 

 

La terrasse du luth

de Sima Xiangru

 

 

 

 

 

Il existe une terre sans souffrance

Depuis mille ans nul ne l'a visitée.

Bosquets jardins brumes des temps antiques

Pins et buissons près des eaux printanières.

Nuages -- le poète qui compose

Lune -- l'aimée qui écoute le luth.

Le silence quand les orioles chantent.

L'errant une douleur inconsolable.

 

 

 

 

(Trois premiers Tang, Lu Zhaolin, p. 35)

 

 

 

 

 

 

Chanson

d'une nuit d'automne

 

 

 

 

 

Nouvelle lune brume automne pâle

Elle -- toujours vêtue de soie légère

Son luth d'argent toute la nuit fiévreuse

Elle a trop peur de voir la chambre vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

Poème isolé

 

 

 

 

Un fou vivant dans le pays de Chu

Ignorant sans jamais penser à rien.

Tête nue cheveux libres sans ceinture

Chantant marchant sur la route du Sud.

Confucius entreprit de lui parler

Il dédaignait droiture et bienveillance

Il refusait d'interroger les cieux

Il ne se mettait pas martel en tête

Et se moquait des cueilleurs de fougères --

Quel démon les poussait à fuir si loin?

 

 

 

 

 

 

 

Adieux

 

 

 

 

Descendre de cheval offrir à boire

Interroger : où pensez-vous partir?

Vos projets dîtes-vous ont fait faillite

Vous retirer au pied des monts du Sud.

Partez ami -- les mots sont inutiles

Les nuages sont blancs à l'infini.

 

 

 

 

 

(La grande Triade, Wang Wei, p. 96 - 97 et 110)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Isabelle Diffre, peintre, sur l'agora des arts

Isabelle Diffre, peintre, sur l'agora des arts

 

 

 

 

Cascade au chant d'oiseau

 

 

 

 

 

Repos -- tombent les fleurs de canneliers

Nuit calme -- le printemps montagne vide.

Surgit la lune elle effraie un oiseau

Le cri dans la cascade printanière.

 

 

 

 

 

(La grande Triade, Wang Wei, p.118)

 

 

 

Zao Wou-Ki, sans titre,1979, Bogéna galerie.

Zao Wou-Ki, sans titre,1979, Bogéna galerie.

 

 

 

 

 

La nuit au temple

du sommet

 

 

 

 

 

Passer la nuit au temple du sommet

Lever la main -- caresser les étoiles.

On n'ose plus parler à haute voix

Pour ne pas effrayer les immortels.

 

 

 

 

(La grande Triade, Li Po, p.134)

 

 

 

 

 

 

 

L'exode vers

le Nord

 

 

 

 

 

L'exode vers le Nord -- de tant de peines !

L'exode passe par le mont Tai-hang.

Les lacets rocailleux les pentes raides

Les rocs abrupts qui transpercent le ciel.

Les éboulis mouillés -- les chevaux glissent

Les roues se brisent sur les hautes crêtes.

Jusqu'à You-zhou le sable et la poussière.

Les feux d'alerte jusqu'à l'horizon.

L'air raréfié -- plus mortel que les armes

Le vent cruel lacère les habits.

La Baleine a bloqué le fleuve Jaune

Et tient Lo-yang serrée entre ses dents.

Qui sait s'il reviendra de cet exode?

On regarde en arrière on pense aux siens

Douleur et deuil dans la neige et la glace.

Les cris de désespoir tordent le ventre.

Laissée à nu par des tissus trop courts

La peau est rêche comme un mûrier sec.

Puiser de l'eau à des torrents en rage

Couper du bois sur des sentiers à pic.

Les tigres rôdent remuant la queue

Crocs blancs comme le givre en fin d'automne.

Rien à manger -- de l'herbe et des arbustes

Tromper sa faim en buvant la rosée.

L'exode dans le Nord -- de tant de peines !

Le coeur serré j'arrête mon cheval :

Quand rétablirons-nous l'ordre du monde?

Reverrons-nous la lumière du ciel?

 

(756)

 

 

 

(La grande Triade, Li Po, p. 184-185)

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures, #Poésie de langue chinoise

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