Grand hôtel de la Cloche

Grand hôtel de la Cloche

 

 

 

 

Rentrée de ville au soir-nuit, où les lumières rendent tout un peu plus magique que dans le cru du jour, j'ai pris quelques photographies en marchant, ce qui jette le trouble sur la technique, et ma foi, ce n'est pas pour me déplaire, ainsi que 2 mégapixels, qui me suffisent à ravir un brin de rêve à la réalité. Grand hôtel de la Cloche, ai pensé à Colette et aux Vrilles de la vigne.

Jeux de

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lumières

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NUIT BLANCHE

 

 

 

Il n’y a dans notre maison qu’un lit, trop large, pour toi, un peu étroit pour nous deux. Il est chaste, tout blanc, tout nu ; aucune draperie ne voile, en plein jour, son honnête candeur. Ceux qui viennent nous voir le regardent tranquillement, et ne détournent pas les yeux d’un air complice, car il est marqué, au milieu, d’un seul vallon moelleux, comme le lit d’une jeune fille qui dort seule.

 

Ils ne savent pas, ceux qui entrent ici, que chaque nuit le poids de nos deux corps joints creuse un peu plus, sous son linceul voluptueux, ce vallon pas plus large qu’une tombe.

 

Ô notre lit tout nu ! Une lampe éclatante, penchée sur lui, le dévêt encore. Nous n’y cherchons pas, au crépuscule, l’ombre savante, d’un gris d’araignée, que filtre un dais de dentelle, ni la rose lumière d’une veilleuse couleur de coquillage… Astre sans aube et sans déclin, notre lit ne cesse de flamboyer que pour s’enfoncer dans une nuit profonde et veloutée.

 

Un halo de parfum le nimbe. Il embaume, rigide et blanc, comme le corps d’une bienheureuse défunte. C’est un parfum compliqué qui surprend, qu’on respire attentivement, avec le souci d’y démêler l’âme blonde de ton tabac favori, l’arôme plus blond de ta peau si claire, et ce santal brûlé qui s ‘exhale de moi ; mais cette agreste odeur d’herbes écrasées, qui peut dire si elle est mienne ou tienne ?

 

Reçois-nous ce soir, ô notre lit, et que ton frais vallon se creuse un peu plus sous la torpeur fiévreuse dont nous enivra une journée de printemps, dans les jardins et dans les bois.

 

Je gis sans mouvement, la tête sur ta douce épaule. Je vais sûrement, jusqu’à demain, descendre au fond d’un noir sommeil, un sommeil si têtu, si fermé, que les ailes des rêves le viendront battre en vain. Je vais dormir… Attends seulement que je cherche, pour la plante de mes pieds qui fourmille et brûle, une place toute fraîche… Tu n’as pas bougé. Tu respires à longs traits, mais je sens ton épaule encore éveillée, attentive à se creuser sous ma joue… Dormons… Les nuits de mai sont si courtes. Malgré l’obscurité bleue qui nous baigne, mes paupières sont encore pleines de soleil, de flammes roses, d’ombres qui bougent, balancées, et je contemple ma journée les yeux clos, comme on se penche, derrière l’abri d’une persienne, sur un jardin d’été éblouissant…

 

Comme mon cœur bat ! J’entends aussi le tien sous mon oreille. Tu ne dors pas ? Je lève un peu la tête, je devine la pâleur de ton visage renversé, l’ombre fauve de tes courts cheveux. Tes genoux sont frais comme deux oranges… Tourne-toi de mon côté, pour que les miens leur volent cette lisse fraîcheur…

 

Ah ! dormons !… Mille fois mille fourmis courent avec mon sang sous ma peau. Les muscles de mes mollets battent, mes oreilles tressaillent, et notre doux lit, ce soir, est-il jonché d’aiguilles de pin ? Dormons ! je le veux !

 

Je ne puis dormir. Mon insomnie heureuse palpite, allègre, et je devine, en ton immobilité, le même accablement frémissant… Tu ne bouges pas. Tu espères que je dors. Ton bras se resserre parfois autour de moi, par tendre habitude, et tes pieds charmants s’enlacent aux miens… Le sommeil s’approche, me frôle et fuit… Je le vois ! Il est pareil à ce papillon de lourd velours que je poursuivais, dans le jardin enflammé d’iris… Tu te souviens ? Quelle lumière, quelle jeunesse impatiente exaltait toute cette journée !… Une brise acide et pressée jetait sur le soleil une fumée de nuages rapides, fanait en passant les feuilles trop tendres des tilleuls, et les fleurs du noyer tombaient en chenilles roussies sur nos cheveux, avec les fleurs des paulownias, d’un mauve pluvieux du ciel parisien… Les pousses des cassis que tu froissais, l’oseille sauvage en rosace parmi le gazon, la menthe toute jeune, encore brune, la sauge duvetée comme une oreille de lièvre, – tout débordait d’un suc énergique et poivré, dont je mêlais sur mes lèvres le goût d’alcool et de citronnelle…

 

Je ne savais que rire et crier, en foulant la longue herbe juteuse qui tachait ma robe… Ta tranquille joie veillait sur ma folie, et quand j’ai tendu la main pour atteindre ces églantines, tu sais, d’un rose si ému, – la tienne a rompu la branche avant moi, et tu as enlevé, une à une, les petites épines courbes, couleur de corail, en forme de griffes… Tu m’as donné les fleurs désarmées…

 

Tu m’as donné les fleurs désarmées… Tu m’as donné, pour que je m’y repose haletante, la place la meilleure à l’ombre, sous le lilas de Perse aux grappes mûres… Tu m’as cueilli les larges bleuets des corbeilles, fleurs enchantées dont le cœur velu embaume l’abricot… Tu m’as donné la crème du petit pot de lait, à l’heure du goûter où ma faim féroce te faisait sourire… Tu m’as donné le pain le plus doré, et je vois encore ta main transparente dans le soleil, levée pour chasser la guêpe qui grésillait, prise dans les boucles de mes cheveux… Tu as jeté sur mes épaules une mante légère, quand un nuage plus long, vers la fin du jour, a passé ralenti, et que j’ai frissonné, toute moite, tout ivre d’un plaisir sans nom parmi les hommes, le plaisir ingénu des bêtes heureuses dans le printemps… Tu m’as dit : « Reviens… arrête-toi… Rentrons ! » Tu m’as dit…

 

Ah ! si je pense à toi, c’en est fait de mon repos. Quelle heure vient de sonner ? Voici que les fenêtres bleuissent. J’entends bourdonner mon sang, ou bien c’est le murmure des jardins, là-bas… Tu dors ? non. Si j’approchais ma joue de la tienne, je sentirais tes cils frémir comme l’aile d’une mouche captive… Tu ne dors pas. Tu épies ma fièvre. Tu m’abrites contre les mauvais songes ; tu penses à moi comme je pense à toi, et nous feignons, par une étrange pudeur sentimentale, un paisible sommeil. Tout mon corps s’abandonne, détendu, et ma nuque pèse sur ta douce épaule ; mais nos pensées s’aiment discrètement à travers cette aube bleue, si prompte à grandir…

 

Bientôt la barre lumineuse, entre les rideaux, va s’aviver, rosir… Encore quelques minutes, et je pourrai lire, sur ton beau front, sur ton menton délicat, sur ta bouche triste et tes paupières fermées, la volonté de paraître dormir… C’est l’heure où ma fatigue, mon insomnie énervées ne pourront plus se taire, où je jetterai mes bras hors de ce lit enfiévré, et mes talons méchants déjà préparent leur ruade sournoise…

 

Alors tu feindras de t’éveiller ! Alors je pourrai me réfugier en toi, avec de confuses plaintes injustes, des soupirs excédés, des crispations qui maudiront le jour déjà venu, la nuit si prompte à finir, le bruit de la rue… Car je sais bien qu’alors tu resserreras ton étreinte, et que, si le bercement de tes bras ne suffit pas à me calmer, ton baiser se fera plus tenace, tes mains plus amoureuses, et que tu m’accorderas la volupté comme un secours, comme l’exorcisme souverain qui chasse de moi les démons de la fièvre, de la colère, de l’inquiétude… Tu me donneras la volupté, penché sur moi, les yeux pleins d’une anxiété maternelle, toi qui cherches, à travers ton amie passionnée, l’enfant que tu n’as pas eu…

 

 

 

 

COLETTE, NUIT BLANCHE,

in LES VRILLES DE LA VIGNE

(Téléchargement libre en lien ci-dessous)

 

Carnets - 40 -

 

 

 

 

J'ai poursuivi le chemin vers home en effleurant la porte Guillaume, qui ressemble à l'arc de triomphe, ai pensé qu'il n'y avait plus de triomphe, jamais, maintenant, place à ce qu'il y a de mieux!

 

Carnets - 40 -

 

 

 

 

 

A l'orée du jardin Darcy, j'ai salué la silhouette de l'Ours de Pompon. D'une solitude à faire pâlir la nuit. En fait, une reproduction datant de 1937 du sculpteur Henry Martinet, un ami de François Pompon, la statue originale étant affectée, elle, au musée d'Orsay depuis 1986.

Rentrée, café, puis j'ai pris le petit livre rouge que je venais de recevoir, Une année avec les classiques, de Nuccio Ordine, édition Les Belles Lettres, qui vient d'y paraître. Petit livre étrange, avec beaucoup de redîtes. Parfois, on dirait que l'auteur s'adresse à des collégiens. Cela se passe ainsi: il y a une page avec un extrait de texte d'un auteur "classique", puis à la page suivante, le "commentaire" de N.Ordine, qui se veut à éclairage philosophique. Affleurent Saint-Exupéry, Shakespeare, L'Arioste, Thomas Mann, Yourcenar, Goethe, Nâzim Hikmet - un récent classique! - Zweig, Borges, Giordano Bruno, Molière, et tant d'autres. Mais le mérite du livre pourtant est de faire découvrir, ou redécouvrir, des passages d'oeuvres classiques par quelques textes magnifiques, qui donnent envie de se (re)plonger dans l'oeuvre entière. Et l'extrait a son alter ego lorsqu'il le faut en sa langue originelle. Allez, je me mets en quatre...

 

 

 

 

 

John DONNE

(1572 - 1631)

Le rêve

 

 

 

 

 

Dear love, for nothing lesse than thee

Would I have broke this happy dreame;

It was a theame

For reason, much too strong to phantasie,

Therefore thou brok'st not, but continued'st it,

Thou art so truths, and fables histories;

Enter these armes, for since thou thoughtest it best,

Not to dreame all my dreame, let's act the rest.

 

 

 

 

 

Il ne fallait pas, cher amour, moins que toi

Pour, de ce rêve heureux, aller briser le cours,

Et, comme il s'agissait d'un thème

Pour la raison, bien trop fort pour la fantaisie,

Tu as sagement fait de m'éveiller ; pourtant

Tu ne l'as pas brisé, tu le poursuis, mon Rêve,

Tu es tant vérité qu'à toi penser suffit

A faire vrai le rêve, et histoire la fable ;

Viens dans ces bras : puisque tu as jugé le mieux

De me couper mon rêve, eh bien ! vivons le reste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Baltasar GRACIAN

(1601 - 1658)

Art et figures du succès

(Oracle manuel)

 

 

 

 

 

 

Nace barbaro el hombre, redimese de bestia cultivandose.

Haze personas la cultura, y mas quanto mayor. En fe

della pudo Grecia llamar barbaro a todo el restante

universo. Es mui tosca la ignorancia. No ai cosa que

mas cultive que el saber.

 

 

 

 

L'homme naît barbare mais rachète sa nature de bête

par la culture. La culture fait de l'homme une personne,

et d'autant plus qu'elle est grande. En vertu de quoi la

Grèce put appeler barbare le reste de l'univers.

L'ignorance est très brute. Rien ne cultive plus que le savoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Hiver 1

 

 

Et pour tenter de décapiter un peu l'ignorance, je me suis enfouie dans l'hiver vivaldien d'Accentus,dont je viens de télécharger Transciptions II.

Au passage, un baiser pour l'anniversaire de ma ptite maman, 6/12, et l'année est secrète...

Au passage, pensées à Brigitte Celerier à qui j'ai songé en rédigeant cet article.

A son Paumée de blog que j'aime bien! Je la salue chaleureusement.

 

Hiver 2 - et il y a le 3, etc : ma playlist Accentus : https://www.youtube.com/playlist?list=PLdnae1wyBJG6YETfLG0Yl5QI9XvwLi7cm

Tag(s) : #Fragments & Carnets, #Extraits - Ressentis de lectures, #Colette, #John Donne, #Baltasar Gracian, #Accentus

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