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Friedrich Schiller

Friedrich Schiller

 

 

 

 

POÉSIE DE LA VIE
 
 
 

Qui pourrait se repaître d’images mensongères dont la fausse apparence nous cache la réalité et trompe notre espoir par un vain jeu ? Moi, je veux voir la vérité sans voile, dût mon beau ciel disparaître avec mon illusion, dût le sentiment réel des choses enchaîner le vol de mon esprit dans l’immense région des chimères ! n’importe ! mon esprit apprendra à se vaincre lui-même et il n’en sera que plus résigné à la loi sacrée des devoirs, à l’arrêt terrible de la destinée. Comment supporterait-il la nécessité, celui qui s’effrayerait de la douce jouissance de la vérité ?

C’est ainsi que tu parles, mon ami, c’est ainsi que tu considères les choses : retiré dans le port que l’expérience t’a ouvert, c’est ainsi que tu rejettes toute vaine apparence. Effrayé de ta sévérité, l’essaim des Amours s’enfuit, les Muses se taisent, les Heures suspendent leurs danses joyeuses, les trois Grâces enlèvent leurs couronnes de leurs belles chevelures, Apollon brise sa lyre d’or, Mercure son caducée. Le tissu doré des Songes qui s’étendait sur la pâle aridité de la vie s’anéantit, et le monde paraît ce qu’il est réellement, un tombeau. Le fils de Cythère arrache de ses yeux son magique bandeau, l’Amour voit, et il voit un mortel dans son idole ; il s’effraye, s’éloigne ; la jeune image de la beauté se flétrit, le baiser de ton amante se glace sur tes lèvres, et dans l’élan de la joie tu deviens froid comme le marbre.

 

 

 

 

 

 

 
Traduction par X. Marmier
Paris, Charpentier, 1854, pp. 180-181.
 
 
 
 
 
Lue le 12 juillet

 

 

 

 

Tag(s) : #Poésie allemande, #Schiller

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