Melencolia I, gravure d'Albrecht Dürer (1514)

Melencolia I, gravure d'Albrecht Dürer (1514)

 

 

 

 

 

Extraits d'un article sur W.G.Sebald.

 

 

 

 

 

 

Sebald est bien, ainsi que l'écrit Mathieu Larnaudie ("Face à Sebald", Inculte), "un de ces écrivains qui inventent un protocole d'écriture correspondant à un certain usage du monde". Chacune des formes que nous venons d'évoquer pourrait être vue comme une sorte de protocole expérimental : comme un scientifique face à ses expérimentations, le narrateur de ces récits ne cesse de prendre des "notes", c'est là son matériau premier, un compte-rendu d'évènements, de lectures, de conversations, ce n'est qu'ultérieurement que se posera la question de l'écriture du texte que nous lisons. Ce qui importe, c'est d'abord l'enquête, le repérage, l'arpentage: qu'il s'agisse de sa propre existence, de celle de ses personnages (dont la plupart nous sont présentés comme des êtres non pas imaginaires, fictionnels, mais ayant réellement existé), ou de la disparition d'un port, important jadis, de la "mer allemande" (ainsi nomme-t-il curieusement, dans les "Anneaux de Saturne", la mer du Nord), le premier travail est celui de la mise au jour, de la résurrection. Celle-ci peut prendre la forme de l'épiphanie, de la révélation, mais elle exige le plus souvent un vrai travail d'élaboration, assez semblable à celui de l'analysé entre les mains de l'analyste. Qu'il soit question des secrets (à lui-même, dans un premier temps, dissimulés) d'"Austerlitz", ou que l'enjeu soit de comprendre la raison pour laquelle l'ancien instituteur Paul Bereyter, dans "Les Emigrants", a décidé, bien qu'étant "un quart juif" de revenir à S. en 1939, et, en 1987, de se donner la mort en s'allongeant sur la voie de chemin de fer à la sortie du village, ce qui est premier, et qu'il faut rompre, c'est le silence.

 

 

(...)

 

 

Dans "Vertiges", si la mélancolie y règne, c'est une mélancolie combative, celle de l'ange de la gravure de Dürer, qui ne prend sa tête dans ses mains qu'à l'issue de ce qui fut sans doute une journée de travail et de méditation: autour de lui sont éparpillés les outils de sa quête, les armes de son combat. Sebald peut revendiquer, quant à lui, la tâche du collectionneur - et ses oeuvres peuvent apparaître comme un vaste cabinet de curiosités (quelques photographies nous en présentent d'ailleurs des exemples).

 

 

(...)

 

 

L'écriture doit permettre de traquer le moindre détail, de scruter dans la poussière ou sur la neige la moindre trace, avant que celle-ci ne s'efface: en effet, comme l'écrit Derrida :" Une trace ineffaçable n'est pas une trace. La trace inscrit en elle-même sa propre précarité, sa vulnérabilité de cendre". 

 

 

 

 


Thierry Celille,

Le matricule des anges n°134, juin 2012, avec un dossier consacré à W.G. Sebald, "Topologie de la mélancolie". 

 

 

 

 

 

    

 

Winfried Georg Maximilian Sebald, Max pour les intimes, est né le 18 mai 1944 à Wertach, en Bavière du Sud. Exilé volontaire, il quitte définitivement l’Allemagne à vingt-deux ans pour étudier en Suisse et en Angleterre, où il se fixe et poursuit une carrière universitaire jusqu’à sa mort accidentelle, le 14 décembre 2001. W. G. Sebald a d’abord publié des essais, parus sous forme de livres ou dans des ouvrages collectifs. Il a quarante-quatre ans lorsque paraît sa première publication littéraire, le poème élémentaire "D’après nature" (1988), qui a été récompensée par le prix Fedor-Malchow. Le succès international de l’auteur est au rendez-vous quatre ans plus tard, après la publication des "Emigrants". Par la suite, W. G. Sebald a reçu de nombreuses distinctions, notamment le prix littéraire de Brême, le prix Heinrich-Heine, le prix du Meilleur livre étranger (pour l’édition française de son livre "Les Anneaux de Saturne"), le National Book Critics Circle Awards et l’Independent Foreign Fiction Prize. 


Biographie, sur le site d'Actes Sud.

 

 

 

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