Kateb Yacine, extrait de Soliloques

 

 

 

 

 

Ces poèmes ont été écrits

alors que Kateb Yacine

avait quinze ans,

avant et après

la révolution du 8 mai 45.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les pauvretés de ton âme sordide,

Tu les verras, ma chère,

Se changer en prodigalités,

Si tu me réponds.

 

 

 

Ce sera un soir de Mai,

Et les oiseaux s'ennuieront

De leurs ailes...

 

 

 

A tes pieds,

Mon amour couché

Te chantera en arabe

La soif des coeurs nouveaux.

 

 

 

Les étoiles auront pour toi

Des regards chargés

De nostalgie électrique.

 

 

 

La lune te fera le gros dos.

 

 

 

Moi, j'aurai ensanglanté

Ce qui me reste de coeur,

Pour éteindre la solitude

De tes lèvres rouges...

 

 

 

Tu verras, telle une sultane,

Ramper autour de tes hanches

L'essaim des amours muettes,

Et ta main toujours froissera

La soie riche de quelque nouveau jouet.

 

 

 

Tu marcheras même sur le sang

De mes chimères sans firmament.

 

 

 

Mais au moins que je boive en tes lèvres

Un secret d'éternelle passion !

 

 

 

Alors, ma toute belle,

Je dévorerai ton âme

De sanglots sans fin...

 

 

 

 

 

 

 

 

Kateb Yacine, « Soliloques », Poèmes, Ed. La Découverte, juin 1991, pages 27/28

 

 

Tag(s) : #Extraits - Ressentis de lectures

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