ALCHIMIA 3, 2014, 100 x100, © OSO

ALCHIMIA 3, 2014, 100 x100, © OSO

 

 

 

 

 

 


OSO

 

 

 

 

 
 

 

 

 


Nataliah,

Qui es-tu quand tu peins ?

Quoi de toi se dépose sur la toile, dans le pigment, dans l'ombre et la lumière ?
Pourquoi ajoutes-tu l'or ? Dis-moi ce qui se passe dans cet acte de création : le tien.

 

 

 

 

 

 

 


Qui suis je lorsque je peins
Je peins 
l'homme, 
je peins la femme
que je suis devenue
je peins le jour et la nuit
les parcelles du temps
comme des objets transparents 
de mon esprit
je peins ma main
je peins mon corps
qui respirent 
ou qui souffrent
je peins
ce que le vent et le cosmos
m'apportent
lorsque mon « oreille » est prête
à entendre
et puis j'écoute
j'écoute dans mon corps 
le vrombissement du cosmos
le souffle divin qui l'habite
et je deviens autre
réceptacle,
peintre symboliste
le langage devient universel
il s'habille de sable , d'ardoise
de tissu, de coquilles d'oeufs, 
ou encore de coquillages
pour m'attacher à cette matière 
qui est mon corps
pour attacher à la toile
les sentiments humains
la transformation de l'être, ces difformations, c'est formation 
de la naissance, je passe à la mort, 
comme le souffle, l'inspir et l'expir
les pigments s'infiltrent dans ma peau,
les médiums me lient à eux 
l'espace de la naissance d'une toile
je rêve, je pense et je vis la toile 
jusqu'à ce qu'enfin elle prenne vie sous ma main, sous mon couteau
je respire la toile pour qu'elle m'habite,
pour que je l'habite
des parcelles de mon âme se déposent
dans chaque creux, dans chaque symbole
je transpire la toile jusqu'à ce que mienne
elle devienne vôtre
pour exprimer avec force matérielle
le devenir des humains
La feuille d'or 
se dépose alors
avec légèreté
comme pour ponctuer cette matière
de son énergie colossale
le métal des dieux
brille et achève
en déposant la Lumière divine
lorsque mon esprit me rappelle au Tout
au monde divin
je deviens le Tout
un si petit morceau du Tout
je deviens une part infime de vérité
je peins ce que je suis née... 
à chaque instant, différemment
et rien de semblable de toile en toile
parce que rien n'est immuable
rien ne semble parachevé
et est en éternelle construction.
alors 
je  brille, rayonne jusqu'au firmament
je me sens pleine, riche
d'un événement transcrit, 
d'une compréhension 
je me sens moi, dans ma toute puissance
Celle d'une femme 
frôlant la femme archétypale.
Puis tout doucement je redeviens
anonyme dans le jour
anonyme dans mon village...
je pars faire les courses
dans mon quotidien 
en souriant aux passants tristes de la rue.
Voilà ce que je suis lorsque je peins
Un moi divinisé.

 

 

© OSO  4 septembre 2014

 

 

 

 

 

 


INTERVIEW

 

 

 

 

 


-- Nataliah, il y a peu de traits, de dessins dans tes toiles, qui sont plus un jeu de matières, matière peinture et matière tissu, coquilles d'oeufs, ficelles, et autres...,  un jeu d'ombres de lumières, de couleurs, et l'interpénétration de tous ces éléments. Tu écris, "Je peins l'homme, je peins la femme que je suis devenue je peins le jour et la nuit..." Quand tu peins, tu es UN, androgyne faisant partie du TOUT...? Androgyne, ou asexuée, d'ailleurs? 
Cependant dans ton abstraction, il y des yeux, des iris surtout, assez  flamboyants et diaphanes à la fois, et des visages parfois. Autoportraits?
Les yeux, le regard? Tu sembles dire dans ton texte ci-dessus qu'il y a l'ouïe, l'entendre?

 

 

 


-- Effectivement quand je peins, je peins d'une manière indifférenciée, je ne suis ni l'un ni l'autre, mais sûrement les deux, je me sens entière et en étroite cohabitation avec mon Tout. Et faire partie du Tout chez moi, c'est en pleine conscience que je le vis. Je reste un être humain avec tous mes travers, mes imperfections néanmoins. Maintenant, si je me sens plus asexuée qu'androgyne, il est difficile d'y répondre ;  il y a des jours où ma part masculine se révèle plus que d'autres et ma féminité elle, est bien présente . Plusieurs fois on a été étonné que mon travail puisse être fait par une femme, parce qu'il s'en dégage beaucoup de force, je suppose qu'on voulait dire une force masculine, virile... Je ne saurais pas répondre à cela parce que je ne me définis pas de cette façon. 
Est ce que l'androgynie peut se vivre spirituellement sans avoir recours à un corps féminin ou masculin ?... Alors dans ce cas, je me sentirais androgyne ; dans la matière, on m'a donné pour cette incarnation un corps de femme, que je trouve plaisant à vivre.
Les sens ont un rôle essentiel à la créativité, à la création … la première création de l'homme et de la femme à deux est un enfant, ils ont fait l'amour, ont eu des orgasmes, leurs sens ont été sollicités , une toile c'est pareil, bien que je n'ai pas le même type d'orgasme (rire).
Je passe mes journées et mes nuits à imaginer, créer, observer, ressentir, voir, écouter, utiliser mes sens pour recevoir des informations et m'en nourrir, les analyser, me construire, comprendre, intégrer, enfin ce que chaque être vivant fait d'une manière inconsciente, ou pas .
J'observe beaucoup, j'écoute , mes sens sont constamment en éveil. La vue et l'ouïe me permettent de traduire ce qui m'éveille à la vie par les sens. Il est vrai qu'ils sont souvent en lien lorsque je peins.
La vue, je m'en sers pour observer la vie, la non vie, et l'après vie, peut être même l'entre deux vies (sourire) …. Je sens bien que ma réponse est mystérieuse, je crois en la réincarnation, je crois aussi qu'il y a des êtres supérieurs qui nous aident et nous guident. Souvent lorsque je peins, je ressens très fortement en moi l'influence de ces forces qui me guident , je ne peins pas une toile toute seule, mais en lien direct avec des entités supérieures.

 

 

 

 

 

-- Il y a peu la couleur vert en tant que telle, sauf dans "Les filles de la lumière", par exemple... Le vert....?

 


-- Le vert ….. effectivement , c'est une de mes couleurs préférées, elle a été très présente une grande partie de ma vie et puis elle ne s'est plus imposée à moi … mais là on va frôler la psychanalyse …. (rire) Elle , ne t'inquiète pas , elle revient tout doucement , bien qu'avec le projet que j'ai actuellement, on risque de ne pas la voir beaucoup. Il y a d'autres couleurs que je ne travaille pas : le rose, le violet, les couleurs des filles ! C'est sûrement pour cela qu'on  pense souvent que OSO est un homme ! 

 

 

 

 

 

 

-- Si je regarde tes toiles, je vois qu'il y en a qui se nomment  Mandalas, tu pars des mandalas  pour débuter, et puis....
Les titres s'imposent-ils d'eux mêmes...? Alchimia ?

 

 

-- Lorsque j'ai repris la peinture après une longue interruption comblée par un mariage, des enfants, un divorce, une reprise d' études, une autre naissance....
j'avais commencé un long chemin spirituel, un travail d'introspection qui m'a amenée à l'étude des mandalas, où j'ai découvert plus ou moins le travail de Carl Gustav Jung sur le mandala, cela m'a interpellée et j'ai repris ainsi la peinture. En faisant des études de paysagiste dans la seconde partie de ma vie, j'ai aussi découvert les jardins à la française, très construits selon un axe géométrique. Je m'en suis servie pour mes mandalas.... 
Et puis j'ai eu besoin de liberté, les mandalas, je les ai trouvés trop fermés, trop construits, pas assez dans le ressenti, je me limitais , j'avais la sensation d'être comme une bombe prête à exploser parce que trop retenue. 
Je me considère comme un électron libre qu'on ne peut pas attacher, ni dominer, même si j'ai un aspect docile, je suis mon propre maître. Lorsque j'accepte une discipline, une rigueur, c'est parce que moi seule en ai fait le choix ;  je ne supporte aucune obligation non argumentée et je dois la considèrer comme juste, sinon il n'y a pas d'entente possible. 
Alors j'ai fait mon premier mandala "libre" il s'appelle "ATTACHEMENT" puis un autre, "BLEU ", qui a été primé sur ma première exposition en collectif ; j'ai su que ma voie était tracée . Ma porte se trouvant ouverte,  j'ai pu enfin avancer sur mon chemin de peintre.
Alors tu me parles des Mandalas et de mon dernier projet ALCHIMIA.
Du spirituel on retourne au spirituel, les mandalas qui m'ont permis  de m'ouvrir sur mon être intérieur et ACHIMIA qui m'ouvre sur le monde et l'Univers... Çela doit faire partie d'une évolution … ce qui n'exclura pas de revenir sur une introspection puisque l'alchimie est une transformation de l'être. 

 

 

 

 

 

-- Ta dernière toile, Alchimia 3, c'est cela? Dit-elle quelque chose de nouveau? J'y vois des coulures, dans Alchimia 1 aussi, les coulures? Personnellement, dans mes toiles, il y a souvent des coulures, ces accidents, dont Soulages parle dans la Poétique de l'accident.....


L’accident, p.9, par exemple:
"L’accident introduit donc une cohérence physique dans les formes plus forte que la simple cohérence imitative. En d’autres termes, vouloir représenter, imiter ne suffit paradoxalement pas pour donner de la présence aux formes et du sens à l’image. Il faut encore à la peinture «une vie propre » qui vient de cette existence matérielle des formes, qui échappe à l’intention imageante, en la contrariant même parfois, et que seul l’accident semble capable de produire comme si, finalement, toute existence et toute présence, même en peinture, relevait d’une contingence accidentelle."

 

Pour toi, il semble que l'accident, ce soit l'épanouissement de l'énergie qui nous relie à l'universel, et qu'il faut s'ouvrir à lui, finalement.... ?

 

 


-- J'ai vu l'exposition de Soulages à Paris il y a quelques années... j'ai marqué sur son livre d'Or en sortant que je me sentais " enfant " de Soulages.
Et cette question me touche particulièrement, parler de son travail, dire ceci ou cela, c'est juste raconter qui on est à travers un travail, se révéler un peu. Mais voir ce travail, c'est voir l'âme du peintre et là, c'est de l'ordre de l'Essentiel. Ce ne sont pas des mots, c'est un strip- tease de l'âme ; c'est de l'ordre de l'impudique, de l'exhibitionnisme.
On découvre à chaque coup de couteau, de collage, un angle particulier que le voisin ne verra pas. Personne ne lit la même histoire et je ferai un parallèle avec la poésie contemporaine . Là on n'est plus dans la lecture-déchiffrage , mais bel et bien dans le ressenti pur, on baguenaude avec l'âme, avec l'essence même d'un être... 
Pour moi, il n'y a pas de « Oh non! Là je me suis trompée... », il n'y a pas d'accident possible si le coup de pinceau n'est pas à l'endroit prévu et si le rouge se transforme en rose ;  il faut utiliser l'accident , et il devient la touche parfaite, à l'endroit juste. Les coulures vont là où elles doivent être, c'est elles qui décident de l'oeuvre, comme l'outil que je suis entre les mains de mes guides. 
Sur le dernier projet, elles ont toutes un rôle essentiel, elles sont bien à la place qu'elles ont déterminée et où je n'ai que peu d'influence. Par contre, pour ces même raisons, je ne crois pas au hasard.
"Pour toi, il semble que l'accident, c'est l'épanouissement de l'énergie qui nous relie à l'universel, et qu'il faut s'ouvrir à lui, finalement.... ? "
C'est ça, c'est être dans l'acceptation , et être ainsi dans sa création.

 

 

 

 


-- Dernière question -- à moins que d'autres me viennent à l'esprit, ou encore, quelle serait la question que tu aimerais te voir posée?
As-tu fait une école d'art, peins-tu depuis toujours ? As-tu suivi des formations par rapport à l 'Energie, les mandalas...

 

 

-- J'avoue que là comme ça,  je n'ai pas la question à laquelle j'aimerais répondre. 
J'ai suivi les Beaux Arts à Bordeaux pendant 3 ans, puis plus de sous pour continuer et plus de motivation.
J'ai peint ma première toile à 11 ans, une copie de Van gogh, si, si, j'ai osé ! (rire)
J'ai fait une formation énergétique Essennienne, je suis sophrologue, art-thérapeute et très curieuse en ésotérisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

La biographie de Nataliah OSO peintre symboliste, ET qui écrit également des textes poétiques très personnels, se trouve résumée ici, en quelques pensées, sur son site "art majeur" ( lien ci-dessous ) :

 

 

 

 

OSO 
Artiste Peintre symboliste 
Le langage du symbole est comme tout art un langage universel et je m'y sens bien.
L'élément moteur de mon travail est la Lumière. Une recherche de la lumière spirituelle en soi, en l'autre.
Le travail se fait en communion avec la Matière, parce que l'un ne va pas sans l'autre.
Mes toiles racontent des émotions et les états d'âme d'un monde invisible qui nous appartient, des blessures et des joies du monde physique où nous vivons, les miens et ceux des autres. Le monde physique et le monde invisible s'unissent pour ne faire plus qu'un; le mien, le vôtre, le nôtre. 
Je peins les questions que je me pose, les réponses que je reçois.
J'accepte d'être un outil, une manifestation des messages de l'invisible.
Je m'attache à exprimer la naissance. 
Qu'elle soit naissance corporelle, celle de la pensée, ou naissance spirituelle, la naissance se fait toujours dans la Lumière après un passage obligé en zones d'ombres ...
J'aime me dire que s'il y a une déchirure, il y a une reconstruction dans la Lumière.
Mes toiles sont dans une énergie qui va vers la Vie.
Selon Gao Xingjan : "La peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci infiniment, chère amie Nataliah, pour cette contribution généreuse et spontanée à ce billet de blog.

Martine Cros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BLEU ,2008,  Peinture, 80x80 , ©OSO

LE BLEU ,2008, Peinture, 80x80 , ©OSO

LES FILLES DE LA LUMIERE, 2013, 1,20 x 080 m, © OSO

LES FILLES DE LA LUMIERE, 2013, 1,20 x 080 m, © OSO

ALCHIMIA 1, 2014,  21.60m x 0.90, © OSO

ALCHIMIA 1, 2014, 21.60m x 0.90, © OSO

par Frédéric Chognot, merci à lui!

Tag(s) : #Artistes de mon coeur

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