"...mais je ne sais pas être quelqu'un d'autre que moi-même..."

"...mais je ne sais pas être quelqu'un d'autre que moi-même..."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 septembre au soir, je lis ce passage de La mer et l'enfant *

 

 

 

 

 

 

 

 

   Je suis harassée, mes pensées me tourmentent, je souffre, mais en même temps je refuse de souffrir. La souffrance est tellement humiliante. Je n'ai que faire de toute cette peine dont je n'arrive pas vraiment à cerner l'origine, et qui plus est dans un monde où il n'est jamais de bon ton de révéler ses faiblesses. Plus on souffre, plus on dérange, on vous dit dérangée et on vous enferme dans une chambre. On vous traite avec pitié. On vous parle comme si vous étiez une demeurée, juste parce que tant de souffrance vous perturbe. C'est insupportable.

 

   J'ai si mal de vivre, parce que je suis parfaitement consciente de ma condition, ainsi de ce que les autres pensent de moi. Cependant, je ne peux m'empêcher d'être celle que je suis, celle que j'ai toujours été, et de me conduire de la façon dont je me suis toujours conduite, de penser ce que je pense, alors que ma lucidité me confond et m'assassine, en me brandissant un miroir dans lequel je me vois telle que je suis, telle que je m'exècre. Il m'arrive d'être horrifiée par ma personne à tel point que le suicide m'apparaît comme la seule issue possible, la seule manière d'échapper à la honte qui m'accable. J'ai honte de moi, mais je ne sais pas être quelqu'un d'autre que moi-même, et cela m'achève.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*

Sabine HUYNH, La mer et l'enfant,

Page 71,

Galaade Editions, avril 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note

              -- autobiographique ou non,

                                                              qui s'en suit :

 

 

 

 

 

 

 

   Je ne sais, pareillement, être quelqu'un d'autre que moi-même. Enfin ! , dirai-je. Il fut bon d'attendre, de patienter. C'est éreintant, suffocant, mais c'est le vrai chemin de vérité. Il faut en payer le prix, supporter les jugements de valeur, et sans valeur par la même occasion ; supporter l'indifférence: ah, on en tirera rien de bon ! , laisser tomber ! ; supporter la solitude parce qu'on a pas envie de parler de ces profondeurs-là avec n'importe qui, ni tous les jours ; supporter l'inquiétude des autres qui semblent, par crainte, espionner ce qu'ils nommeraient une fuite, un malaise, alors que ce n'est rien d'autre que la personnalité qui éclot. Il y a d'autres issues que celle d'en finir, il y a écrire et aimer. Créer. Se dire. S'accepter, en faisant abstraction des inquisitions et de la morale puritaine de notre siècle ; accepter sa condition. Refuser quand cela devient impératif, de correspondre à ce que les autres attendent de soi, pour être celle en qui on croit. C'est là le chemin initiatique. Plus l'accoutumance à ce moi qui palpite et qui veut respirer à l'air libre prend place dans ma vie, moins je m'exècre. Jusqu'à m'aimer? Je ne sais si je peux m'aimer, car j'aime un être merveilleux. Mais atteindre le plus possible celle que je suis fera peut-être en sorte que cet être m'aime un peu. Je l'attends depuis toujours. Il écrit, il aime. Il me crée.

 

 

 

 

M.C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

http://www.galaade.com/oeuvre/la-mer-et-l-enfant,  et le site de Sabine Huynh : http://www.sabinehuynh.com/

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Tag(s) : #Fragments & Carnets

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