Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Avec, au piano, Daria Hovora.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"J'ai lu un jour que Pouchkine aurait inventé un mot, "Niguna", dont il aurait dit que cela décrivait "la félicité judéo-slave".

Alors cette félicité judéo-slave, c'est quoi?

Serait-ce le tout petit soupir avant la réponse à la question " comment ça va?"

Serait-ce le geste de main qui veut tout dire, aussi bien "oublions" que "ne t'en fais pas, tout va s'arranger"?

Serait-ce cette même passion mise à discuter d'un fait de la vie quotidienne que d'une question métaphysique? Et de conclure par une histoire drôle au moment le plus inattendu?

Serait-ce de répondre à une question par une autre question, et certainement un jour, même tout bas, de poser celle-là, c'est quoi être juif?"

 

 

 

 

Quatorze récits, par Sonia Wieder-Atherton, livret avec le cd "chants juifs", naïve,2010

 

 

 

 

 

 

 

et

 

 

 

 

 

Miroir
 
 
 
 
Je suis d’argent et exact. Je n’ai pas de préjugés.
Tout ce que je vois je l’avale immédiatement,
Tel quel, jamais voilé par l’amour ou l’aversion.
Je ne suis pas cruel, sincère seulement —
L’œil d’un petit dieu, à quatre coins.
Le plus souvent je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Je l’ai regardé si longtemps
Qu’il semble faire partie de mon cœur. Mais il frémit.
Visages, obscurité nous séparent encore et encore.
 
 
 
Maintenant je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Sondant mon étendue pour y trouver ce qu’elle est vraiment.
Puis elle se tourne vers ces menteuses, les chandelles ou la lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense avec des larmes et une agitation de mains.
Je compte beaucoup pour elle. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle a noyé une jeune fille, et en moi une vieille femme
Se jette sur elle jour après jour, comme un horrible poisson.
 
 
 
 
Traduction Valérie Rouzeau, dans Sylvia Plath, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2011
 
 
 
 
Mirror
 
 
 
 
 
I am silver and exact. I have no preconceptions.
Whatever I see I swallow immediately
Just as it is, unmisted by love or dislike.
I am not cruel, only truthful-
The eye of the little god, four cornered.
Most of the time I meditate on the opposite wall.
It is pink, with speckles. I have looked at it so long
I think it is a part of my heart. But it flickers.
Faces and darkness separate us over and over.
 
 
 
Now I am a lake. A woman bends over me,
Searching my reaches for what she really is.
Then she turns to those liars, the candles or the moon.
I see her back, and reflect it faithfully.
She rewards me with tears and an agitation of hands.
I am important to her. She comes and goes.
Each morning it is her face that replaces the darkness.
In me she has drowned a young girl, and in me an old woman
Rises toward her day after day, like a terrible fish.
 
 
 
 
 
 
Sylvia Plath, The collection Poems, 1981
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Partager cet article

Repost 0