De Nietzsche en nous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Ainsi nous avons l'art afin de ne pas mourir de la vérité"

 

Friedrich Nietzsche

(La volonté de puissance, volume I , 111)

 

 

 

"Sommes-nous voués à n'être que des débuts de vérité?" 


René Char

("Feuillets d'Hypnos" , Fureur et Mystère )

 

 

 

 

 

Plongée dans "Ainsi parlait Zarathoustra" de Nietzsche, ce long poème en prose que le philosophe, poète et musicien compose dans la solitude, au milieu de la nature, de 1883 à 1885.

Les premières phrases du prologue donnent le ton, lumineux et envoûtant.

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

   "Quand Zarathoustra eut trente ans, il quitta sa patrie et s'en fut dans la montagne. Il vécut là, se nourrissant de sa sagesse et de sa solitude, et dix ans passèrent sans qu'il en fût las. Mais il advint que son coeur changea, et un matin, s'étant levé avec l'aurore, il se présenta devant le soleil et lui parla ainsi:

  "O grand astre ! que serait ton bonheur, si tu n'avais ceux que tu éclaires?

   Voici dix ans que tu montes jusqu'à ma caverne;  tu te serais dégoûté de ta lumière et de ce trajet, si nous n'étions là, moi, mon aigle et mon serpent.

  Mais nous t'attendions chaque matin, pour te prendre ton superflu, et t'en rendre grâces.

  Vois: je suis saturé de ma sagesse, comme l'abeille qui a butiné trop de miel;  j'ai besoin de mains quémandeuses.

  Je voudrais donner, prodiguer ma sagesse, jusqu'au jour où les sages d'entre les hommes se sentirons heureux de leur folie, les pauvres heureux de leur richesse.

  Il me faudra pour cela descendre dans les profondeurs*, comme tu le fais chaque soir, quand tu plonges au-dessous de la mer pour aller porter ta lumière au monde souterrain, astre débordant de richesse**."

 

 

 

 

 

 

 

Note *:

"Altitude solaire et profondeur abyssale constituent un oxymore autour duquel se déploie la dynamique de la "volonté de puissance". Ainsi, cette formulation métaphotique, et à la lettre "incompréhensible" du Gai Savoir (trad. A. Vialatte, Gallimard, 1967, § 371, p. 267:  " Nous prêtons à confusion --- le fait est que nous sommes nous-mêmes en croissance, en perpétuel changement --- nous rejetons de vieilles écorces, nous faisons peau neuve à chaque printemps nous ne cessons de devenir de plus en plus jeunes, futurs, élevés, forts, nous poussons nos racines avec toujours plus de puissance dans la profondeur --- dans le Mal --- tandis que dans le même temps nous embrassons le ciel avec toujours plus d'amour et d'ampleur et que de toutes nos branches, de toutes nos feuilles, nous absorbons sa lumière avec une plus grande soif."

 

 

Note **:

Ce débordement de richesse qualifie un " état esthétique" dont le thème sera repris dans  la VP1 361: "celui qui ne peut pas donner ne reçoit rien".( Le Livre de Poche, 1994, p.408)

 

 

 

GF - Flammarion, traduction Geneviève Bianqui, 1996

 

 

 

 

 

 

 

 

Fragments poétiques 1884 - 1885

 

 

 

 

 

 

Le malheur rejoint le fugitif – et, soit
Tourment doré d’une main mendiante,
Soit tristesse de qui éternellement dispense :
Le malheur a saisi le fugitif – et fût-ce 
Sans souci, lui-même sans mémoire
Il a jeté au loin des perles

 

Ce qui terrasse le vaincu
Ce qui tourne en larmes tout orgueil :
Figure inquiétante,
Jettes-tu les perles dans le sable
La mer les engouffre dans sa gueule !
De quoi la vie est-elle redevable à celui qui est prodigue.

 

 

 

Niezsche, in Oeuvres philosophiques complètes, Tome VIII, Gallimard, 

traduction  Jean-Claude Hémery, 1975

 

 

 

 

 

 

 

Peinture de Bernard Boin, Le couchant doré, 81x100

 

 

"

 "L’univers est profond, profond

Plus que le jour ne l’imagine."

Et parvenu sur la crête, il vit s’étaler sous ses yeux la seconde mer ;

il demeura longtemps en silence.

"La cime et l’abîme se confondent à présent en une même résolution !

C’est à vous seuls que je raconterai l’énigme que j’ai vue

– la vision du solitaire entre les

solitaires ! -"

"

 

 

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